Se fier à ses intuitions sans se laisser aveugler par le fonctionnement de notre cerveau

Cupidon et Psyché - Jean-Baptiste Regnault

Cupidon et Psyché – Jean-Baptiste Regnault

La psychologie comportementale est une des nombreuses branches de cette science humaine qui s’efforce à essayer de comprendre l’esprit.

L’influence prépondérante de notre psyché sur notre aptitude à investir ou à faire du trading est un fait avéré.

L’humain est polyvalent et particulièrement adaptable. Quelle que soit la situation dans laquelle on se retrouve, chacun essaie de s’en sortir au mieux. Évidemment, nous avons des comportements individuels plus ou moins efficaces en fonction de la situation.

Par exemple, un botaniste méticuleux et ordonné aura certainement du mal à réagir rapidement dans une situation de stress extrême, comme lors d’un attentat par exemple. On peut estimer qu’un militaire de terrain aura quelques réflexes plus adaptés parce qu’il aura appris à canaliser ses instincts, avec plus ou moins de succès certes.

Mon propos n’est pas de déterminer la part de l’innée et de l’acquis, mais de simplement dire que nous ne sommes pas égaux devant une situation donnée.

Cela influe évidemment notre capacité à faire nous confronter aux marchés financiers.

En effet, certains se sentiront plus à l’aise avec une approche à très long terme, avec peu de variations brutales de leur portefeuille, d’autres ne percevront le monde boursier qu’avec quelques convictions fortes, en misant beaucoup sur certaines configurations de marché, etc.

Et je ne parle même pas des scalpeurs !

Je vous propose un petit test très rapide basé sur 3 questions:

  1. Un bonbon et un jouet coûtent à eux deux 1,10 €. On sait que le jouet coûte 1 € de plus que le bonbon. Combien coûte le bonbon ?
  2. Si cela prend 5 minutes à 5 machines de fabriquer 5 pièces, combien de temps faudra-t-il à 100 machines pour réaliser 500 pièces ?
  3. Dans un lac, il y a des nénuphars en fleur. Tous les jours, la surface des nénuphars double. Cela prendra 48 jours pour que le lac soit intégralement couvert. Combien de temps faudra-t-il pour que la moitié du lac soit recouverte ?

Allez-y, répondez à ces questions… Cela ne vous prendra que quelques minutes..

le penseur

Chacune de ces questions a une réponse évidente, mais néanmoins, il ne s’agit pas de la bonne réponse.

Réponse 1: La « logique » dira spontanément que si le jouet coûte 1 € de plus, et que le total doit faire 1,10 €, c’est que forcément, le bonbon coûte 10 cents.

Et bien non. La bonne réponse, obtenue avec des mathématiques simples, est la suivante:

1 jouet + 1 bonbon = 1,10 €

1 jouet – 1 bonbon = 1 €

En additionnant ces deux équations à deux inconnus, on obtient:

2 jouets = 2,10 €

et donc 1 jouet = 1,05 €

ce qui permet donc de déduire que le bonbon coûte 5 cents.

Réponse 2: La réponse instinctive est 100 minutes, mais avec un peu de réflexion, on voit évidemment que ces 100 machines prendront le même temps que les 5 machines pour fabriquer ces pièces, à savoir 5 minutes.

Réponse 3: La réponse erronée la plus fréquente est 24, obtenue en divisant 48 par deux. La bonne réponse est cependant 47.

Ce test s’appelle le « Cognitive Reflection Task » et a été développé par le psychologue américain Shane Frederik, en 2005 au MIT.

Et figurez-vous que lors de l’expérience initiale, sur près de 3500 personnes, seules 17% ont répondu correctement aux trois questions et un tiers n’ont répondu correctement à aucune des questions !

Lorsque l’expérience a été refaite sur les étudiants du MIT (qui je le rappelle, font partis de l’élite mondiale), les chiffres ont été certes meilleurs, mais seuls 48% ont trouvé toutes les réponses et tout de même 10% ont fait choux blancs !

Shane Frederick

Shane Frederick

Que l’on pratique l’analyse technique ou fondamentale, ou encore un savant mélange des deux, il faut sans cesse être capable de prendre du recul et de ne pas se laisser aveugler par les mauvaises intuitions que nous envoie notre cerveau.

Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’on se retrouve hors de notre zone de confort:

  • quand notre action achetée avec une forte décote et donc une bonne marge de « sécurité », présentant des fondamentaux irréprochables, décroche malgré tout de quelques dizaines de pourcents
  • quand un trade part dans le « bon » sens, puis corrige rapidement, juste au-dessus de son niveau stop
  • quand on vient d’enchaîner plusieurs pertes, mêmes si elles sont parfaitement justifiables et « prévisibles » par la stratégie utilisée
  • quand la vie privée s’affole

Le trading intuitif:

Je suis tombé aujourd’hui même sur un petit jeu publié par Bloomberg:
http://www.bloomberg.com/features/2015-stock-chart-trading-game/
Sous des dehors ludiques, il révèle pourtant des vérités profondes sur notre comportement. Et accessoirement, il remet à sa place l’analyse technique, qui sert surtout à prédire le passé, même si elle a le mérite (et c’est déjà beaucoup en ce qui me concerne) de justement donner une guidance à notre cerveau, qui peut donc se raccrocher à quelque chose de facilement appréhensible par lui.
Ce petit jeu permet de trouver ce qui fonctionne le mieux. En ce qui me concerne, c’est de profiter d’un mouvement haussier pour tenter de grappiller quelques (dizaines de) pourcents et de sortir très rapidement en cas de perte. Le mode « espoir » finira mal un jour ou l’autre, autant l’éviter (en passant, reconnaîtrez-vous le graphique d’Enron dont les cours s’envolent, juste avant de plonger à 0 !).
En des termes plus techniques, cela consiste à utiliser une stratégie momentum.
Bien sûr, ce jeu s’appuie sur une analyse immédiate et demande des réactions réflexes. Dans la réalité, à moins de faire du scalping bien sûr, des mois s’écoulent, alors qu’ici, cela se passe en quelques secondes. Ce jeu ne permet donc pas d’analyser la situation et seul l’instinct prédomine. Les lignes de tendances, les moyennes mobiles ou les ratios financiers sont bien loin, et pourtant… Cela montre bien qu’au final, les seules choses qui comptent sont le prix d’achat et le prix de vente.
Pour en revenir aux errances de notre cerveau, chaque investisseur/trader se doit de trouver et construire ses propres garde-fous.
Le mieux est sans doute de noter clairement ses décisions dans un journal de trading ou de tenir un blog avec les grandes lignes. Quoiqu’il en soit, si on n’écrit pas sa(ses) méthode(s) avec précision quelque part, on est certain qu’au prochain bug émotionnel de son cerveau, ses décisions seront faussées.
Vous avez peut-être remarqué que dans le titre de cet article, je parle de « se fier à ses intuitions » alors que je viens d’expliquer à travers plusieurs exemples, que ce sont justement nos intuitions qui sont intrinsèquement faussées par le fonctionnement de notre propre cerveau.
N’oubliez pas que la majorité se doit d’être perdante, pour qu’une minorité soit gagnante.
Cela signifie donc que cette minorité doit avoir une capacité peu commune, que les autres n’ont pas.
Il pourrait s’agir de la faculté de suivre ses intuitions (qui ne sont qu’un condensé de nos expériences passées, de dizaines de milliers de graphiques, de données inconsciemment compilées par notre ordinateur de bord) tout en filtrant au mieux les faux-signaux que notre propre cerveau nous envoie.
Certains diront qu’il s’agit là d’un défaut de conception, d’autres au contraire apprécieront cette part de chaos qui fait que nous sommes des humains et non pas des machines.
Or, le Marché n’est que le reflet des actions de ses intervenants, hommes ET machines. Ce qui peut expliquer que personne (ni quelque chose) ne peut le prévoir avec précision, mais qu’il existe des moyens pour le prévoir presque au hasard…
Bons investissements !

Un réponse à “Se fier à ses intuitions sans se laisser aveugler par le fonctionnement de notre cerveau”

  1. Alexia dit :

    Bonjour,

    Je trouve que votre blog est très intéressant, bien expliqué et facile à capter. C’est cool

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