Moyenner à la baisse ou acheter progressivement dans un marché baissier ?

 

Si le prix d’une action baisse, les petits investisseurs particuliers ont tendance à en racheter pour faire baisser son PRU (Prix de Revient Unitaire).

« Quand le prix baisse et que j’achète, mon PRU va baisser et je perdrais moins »

Le Marquis de Lapalisse n’aurait pas mieux dit ! Pourtant, c’est une erreur qui peut coûter très cher.

Pourquoi ?

Prenons l’exemple d’Eurotunnel, un investissement que les gouvernement de l’époque et les banques vantaient en tant que placement sûr « en bon père de famille ».

Le cours est passé de 35 F (=7,89 €) en 1987 lors de la première souscription,  a grimpé à son record historique de 128 F (27,11 €) au 30 mai 1989, puis devant l’explosion des coûts de construction à 25 F (=5,12 €) en 1990 pour la seconde souscription, à 22,5 F (=4,21 €) en 1994 pour la troisième souscription avant de s’effondrer pour stagner sous 1 €. L’AMF a suspendu la cotation le 15 mai 2003.

S’en suit une période de restructuration financière, avec des échange des anciennes actions contre celles de la nouvelle société Groupe Eurotunnel SA en mars 2007, avant un regroupement d’actions en novembre de la même année.

Les cours de la nouvelle société « épurée » sont depuis coincé dans un vaste range plutôt baissier.

Quelqu’un qui aurait acheté des actions sur un repli même important de 50% après son record historique aurait… perdu beaucoup d’argent ! D’autant plus que le premier dividende a été versé en 2009 (4 cents par action!)  http://www.lefigaro.fr/societes/2009/03/05/04015-20090305ARTFIG00371-eurotunnel-verse-le-premier-dividende-de-son-histoire-.php

Je n’ai pas retrouvé de publicité française, mais remarquez qu’il y a tout de même indiqué pendant deux secondes, que c’est un placement impliquant un « niveau significatif de risque »…

 Moyenner à la baisse:

Cela consiste à racheter un titre régulièrement pour faire baisser son PRU.

L’idée est à priori bonne, puisqu’en général, le titre fini par remonter !

Cependant, dans des cas comme Eurotunnel (et je ne parlerais pas des cas où une société fait faillite !), on ne parvient pas à retrouver son PRU, ou alors au bout de tellement longtemps et avec un rendement tellement faible qu’on aurait mieux fait de mettre son argent sur un livret A !

Sans parler de l’impact psychologique de garder une action qui baisse pendant 20 ans, tout en la rachetant à chaque nouvelle grande baisse  ! La plupart des gens la vendront, avec de grosses pertes bien avant.

Gardez bien en mémoire ce célèbre schéma, que vous avez sans déjà vu maintes fois, mais il est vraiment très parlant :

 

Autre exemple très parlant qui prouve que moyenner à la baisse est un piège : Lehman Brothers.

(source: http://www.orbite.info/bouffees_delirantes/pas_vendu_pas_perdu.html)

Bref, moyenner à la baisse est une très mauvaise idée, car on entre dans le « mode espoir », qui est un véritable poison pour tout investisseur qui se veut sérieux !

Bien sûr, parfois, cela fonctionne, mais cela ouvre une brèche psychologique qui ne peut qu’amener d’autres pertes.

Et je ne parle pas des produits à effets de levier comme les CFD ou le Forex !

 

Investir progressivement:

Si on suit une stratégie d’investissement progressif, on peut remarquer que cela revient apparemment au même que moyenner à la baisse.

En effet, à priori, on rachète quand le prix baisse pour faire baisser le PRU.

 

Cependant, il y a quelques GROSSES différences:

on se fixe une condition d’entrée et de sortie claire, ainsi qu’un risque défini à l’avance (c’est à dire un stop loss, qui peut être à 0 mais il faut en tenir compte dans ses objectifs)

on suit une stratégie cohérente, plutôt que d’espérer que les prix remontent

 

Dans les exemples cités précédemment, on aurait certes perdu de la même manière MAIS:

on connaissait son risque à l’avance (pour une valeur comme Lehman Brothers par exemple, qui aurait crû en 2007 qu’elle allait passer de 90$ à la faillite ?) et on serait donc sorti bien avant la chute fatale, avec des pertes certes, mais partielles.

– on se serait contenté de suivre une stratégie, qui comme toute stratégie ne peut pas être couronnée de succès tout le temps, ce qui psychologiquement est un avantage décisif pour un investisseur s’il veut espérer durer sur le long terme, contre vents et marées.

 

Rappelez-vous toujours que la carrière d’un investisseur ne s’arrête en général que pour deux raisons:

– il est ruiné et ne veut/peut pas revenir dans la partie

– il est mort de vieillesse (ou suite à un évènement malheureux)

 

En tant qu’investisseur particulier, je vous souhaite plutôt la deuxième solution, à un âge très avancé et dans le confort et la plénitude d’une vie bien remplie… Et donc, sortez du mode espoir et suivez votre stratégie.

 

 

 

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