La schizophrénie des marchés

le cri

« Le Cri » de d’Edvard Münch

Lundi 24 août, le CAC dépasse les -8% en séance. Le lendemain, à l’heure où j’écris ces lignes, il regagne près de 4%. Certaines grosses capitalisations US ont fait un véritable mouvement de yoyo hier (alors que leurs perspectives n’avaient pas spécialement changées par rapport à la semaine dernière par exemple…). Je ne parlerais même pas des « petites capitalisations » françaises.

Les analystes de tous bords y vont de leur propres explications: du catastrophisme (« ça y est ! c’est l’heure du Grand Krach ! ») à l’insouciance (« le Marché avait besoin d’une purge, c’est le moment de se renforcer ! ») en passant par toutes les hypothèses pour donner un sens à tout ce qui se passe (la Chine va mal, la Chine ne va pas si mal que ça, les chiffres sont de toutes manières trafiqués en Chine, les taux, le ralentissement mondial intégré dans les cours ou pas, etc, etc !).

Autrement dit, personne ne sait rien et tout le monde donne une part de l’explication.

A titre personnel, je n’oublie jamais que ceci représente à la fois TOUTES les explications et les raisons et TOUTES les erreurs de jugement :

SPX_25_8_2015

Autrement dit, cette courbe représente l’Unique Vérité Perçue à un Instant T. (J’ai pris le SP500, mais c’est évidement la même chose pour le CAC, etc).

Pour le moment, le Marché s’affole.

En général, cela signifie trois choses:

  • beaucoup de gens pensent qu’il faut vendre à tout prix au plus vite
  • beaucoup de gens pensent qu’il faut acheter car c’est un très bon moment
  • peu de gens vont vraiment gagner beaucoup d’argent

Les raisons de tout ceci:

La raison « officielle » est la mauvaise tenue du Marché chinois, qui provoque(ra) un ralentissement économique mondial, etc. Tout le monde est à peu près d’accord que c’est à cause de la Chine que les Bourses s’affolent (à tort ou à raison selon les avis).

On reparle bien sûr de la spéculation, des algorithmes de trading qui amplifient tout, de la dette, etc.

Bien sûr que ce sont de bonnes raisons.

Mais…

Est-ce que pour autant, les entreprises ne font plus de profits ? Est-ce que pour autant la situation est tellement différente d’il y a quelques mois (où les indices battaient leurs records ?).

Pas vraiment. Quoique la Chine est rentrée aussi dans le jeu des banques centrales et a baissé ses taux d’intérêts. Ce qui est un signal fort (que cela ne va pas, mais que les actions vont être dopées encore un peu davantage).

Mais, en prenant un minimum de recul. Ces quelques pourcents de perdus depuis quelques semaines, ne sont pas grand chose. Le graphique ci-dessus, avec 5 ans de recul, le montre bien.

La correction est encore très faible et peut très bien représenter un petit ralentissement dans l’Éternelle Montée.

Ou bien, elle peut être l’arrivée au bout de la planche de saut, là où quelques centimètres seulement séparent le plongeur des eaux tumultueuses.

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(source: senoviya.deviantart.com )

Que faire ?

Comme je l’ai déjà dis à maintes reprises, je n’ai ni boule de cristal ni un quelconque moyen inédit de connaître le futur.

L’investisseur particulier n’a donc qu’un choix rationnel qui s’offre à lui:

  • il continue ses investissements selon sa stratégie.

Évidemment, cela signifie qu’il a déjà sa stratégie et qu’il voit à moyen ou long terme.

En ce qui me concerne, rien ne s’oppose à la poursuite de ma stratégie d’ensemble, qui cette année s’appuie sur les valeurs pétrolières que j’achète à petites doses dans les creux depuis décembre. Je me suis débarrassé de ce qui a était en plus value avant d’être en perte pour en reprendre récemment à des prix plus bas. J’ai ajouté Exxon Mobil à ma liste (aux côtés de Statoil, Maurel et Prom, Royal Dutch Shell et Technip). Pour le moment, cela se passe comme prévu sachant que j’ai de grandes tolérances en ce qui concerne des entreprises de qualité dans un secteur indispensable.

Mon scénario prend en compte la possibilité d’un SP500 à 1000 points, ce qui signifie que je n’ai pas peur d’un -50% sur certaines lignes à certains moments (enfin, ça ne m’arrangerait tout de même pas beaucoup de voir mon scénario pessimiste se réaliser).

J’ai évidemment quelques « regrets » de ne pas avoir vendu quand Technip était au-dessus de 60 €, mais cela ne correspondait pas à mon plan et je préfère ne rien perdre que de peut être gagner pour mieux en reperdre la prochaine fois faute d’être capable de respecter mes propres règles… Ce qui ne m’a pas empêché de conserver des liquidités (un peu plus de 40% de mon porte-feuille) en prévision d’une baisse possible des marchés.

Les vertus de l’hésitation… et du cash

En règle générale, je déteste hésiter. J’aime savoir ce que je fais, ou que je ne fais pas, et pour quelles raisons.

Parfois, il peut être utile de couper la poire en deux.

Par exemple, en mai, j’ai vraiment très fortement hésité à vendre une partie de mon porte-feuille pour concrétiser des plus values. Je ne l’ai pas fais et j’ai dû me contenter de miettes obtenues par des stop loss près des points d’entrée et voir certaines positions qui étaient déjà légèrement perdantes s’enfoncer davantage.

D’un autre côté, comme j’ai hésité, je n’ai pas renforcé certaines positions déjà en légère perte en me disant qu’au pire, cela baissera beaucoup plus et qu’il vaudra mieux le faire à ce moment là et qu’au mieux, je gagnerai un peu moins que prévu.

L’intérêt de l’hésitation, c’est de disposer de cash quand les vraiment bonnes affaires se présentent…

Ne pas céder à la panique ni à l’euphorie

En ces temps agités, il y a beaucoup de volatilité. Pour l’investisseur (à long terme donc), la solution la plus simple est de placer des ordres limites sur des niveaux de valorisation qu’il estime raisonnable. Y compris (et je dirais même surtout) loin des prix actuels. Par exemple, un Exxon Mobil à 50$.

Pour l’investisseur/trader (à court terme donc), la réponse est la même : placer des ordres lointains… et revendre assez vite pour profiter de l’agitation qui règne, mais toujours sur des niveaux de valorisations mûrement réfléchis bien avant toute l’agitation.

Autrement dit, il ne faut pas chercher à comprendre la logique d’un marché schizophrène, mais suivre sa propre stratégie en toute confiance… Et surtout, il ne faut pas écouter les autres qui disent fatalement n’importe quoi (jetez un coup d’œil sur les sites boursiers grand public en ce moment pour rire un peu).

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Bons investissements et n’oubliez pas que garder votre argent sur un compte peut être une meilleure façon de gagner que d’investir n’importe comment !

Disclaimer: les exemples cités ici le sont à titre purement pédagogiques pour illustrer des concepts. Je ne recommande aucune des sociétés listées. A chacun de développer sa propre stratégie et de gérer son argent comme il l’entend !

 

 

 

 

 

 

2 Réponses à “La schizophrénie des marchés”

  1. Bonjour,

    cet article correspond tout à fait au thème du carnaval d’articles que j’organise en septembre. Peut-être pourriez-vous développer les axes d’investissement à privilégier désormais ? 😉

    • L'Investisseur (très) Particulier dit :

      Bonjour Michel, et merci d’avoir pensé à moi ;o)

      Je dois avouer que je ne suis pas très orienté « événements internet ». Certes, c’est très bien pour le nombre de visiteurs d’un blog, mais ce n’est pas forcément ce que je recherche. Je ne trouve déjà pas le temps de m’occuper comme je le voudrais de ce blog, donc avoir des contraintes de dates supplémentaires me dérange. Bonne chance pour ce carnaval cependant !

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