Dividendes: To be or not to be ? (épisode 2)

Avec Jérôme, qui se consacre à des stratégies d’investissement basées sur les dividendes à travers son très bon site http://www.dividendes.ch/ , nous avons décidé de nous livrer à une petite joute amicale pour confronter nos avis sur les dividendes, à travers une petite série d’articles.

Je réponds ici à la démonstration convaincante qu’il a faite dans son dernier article, que je vous recommande chaudement de lire pour mieux comprendre son point de vue.

Il  nous montre que:

les dividendes croissants peuvent être très rentables

la volatilité des actions d’entreprises versants des dividendes réguliers est nettement moindre que le reste du marché, notamment en cas de crise.

Ce sont des arguments tout à faits valables, avec lesquels je suis entièrement d’accord.

MAIS…

Pour un trader, volatilité et gains sont souvent liés.

En se plaçant dans une optique « long terme », tout comme l’investisseur-dividendes, l‘investisseur-trader va essayer d’exploiter cette volatilité à son profit.

Plutôt que de longs chiffres, je vais vous montrer quelques graphiques parlants.

J’ai choisis de faire mes comparaisons avec Colgate, car il s’agit là d’une excellente société pour l’investisseur-dividendes, judicieusement choisie par l’ami Jérôme.

 

Mon raisonnement s’appuie sur le simple principe suivant:

On achète une action de qualité, sous-côtée ou sur configuration technique intéressante, et on attend qu’elle connaisse un fort gain. Si elle baisse fortement, soit on en reprend si le raisonnement qui a poussé à l’achat est encore valable par une stratégie d’investissement progressif, soit on coupe avec une perte pour réinvestir dans une autre valeur. Si elle monte fortement, on revend en gardant à l’esprit un objectif de faire mieux que 10% par année de conservation du titre concerné.

J’ai pris mes exemples sur 10 ans, qui me semble être une bonne définition du long terme. Je considère cependant, qu’idéalement, un investissement donné ne devrait pas dépasser 3 à 5 années. Si on attend plus longtemps, c’est soit qu’on a eu un assez mauvais timing d’entrée, soit que les perspectives de la société se sont améliorées au point où l’on pense devoir rester investi (en plaçant tout de même un judicieux ordre stop pour sécuriser une partie de ses gains).

 

Premier exemple: la pomme du bonheur

Evidemment, prendre Apple, LA société du moment était « facile ».

En effet, qui, il y a maintenant 10 ans, en 2002, à peine sortie de la crise des valeurs technologiques, pouvait deviner que cette société allait s’imposer avec des produits tels l’ipod, l’iphone, l’imac, l’ipad ?

Ceci dit, 5000% de gain en 10 ans, cela reste un exploit qu’aucune société à dividendes ne pourra jamais rêver égaler.

Remarquez que même en 2005, alors que le titre était vers 100% de plus-value, si on vendait à cet instant, on faisant tout de même près de 30%/an sur 3 ans.

Cependant, je le reconnais, c’était un exemple très facile (ceci dit, Colgate était aussi un exemple facile d’excellente société à dividendes…)

 

2ème exemple: une simple société française dans le monde du matériel informatique

Lacie est l’une des rares entreprises française s’attaquant au marché des produits high-techs, secteur dominé par l’Asie et les USA.

La décennie a bien mal commencé bien mal d’ailleurs. Ceci dit, on atteint tout de même un pic à 2000% en 4 ans…

Et même si on se contentait d’un « modeste » 500% et qu’on attendait jusqu’à aujourd’hui pour vendre, soit 10 ans plus tard, en ayant bien raté le bon timing qui était en 2006, on fait tout de même 50%/an.

Je ne veux pas préjuger des qualités de Lacie, mais honnêtement, vous trouvez beaucoup de leurs produits quand vous faites un tour dans une enseigne de l’informatique ? On en trouve parfois, mais sans connaître les succès de concurrents comme Samsung, Apple ou Maxtor… Pourtant, la société a visiblement été bien gérée, fait son petit chiffre d’affaire et a une progression de sa valorisation boursière visiblement intéressante si on la compare à Colgate.

 3ème exemple: la PME française

Vous allez me dire que Lacie, tout de même, c’est pas mal.

Je vais prendre un autre exemple: une petite compagnie, dont j’ai déjà parlé, mais qui ces dernières années a connu des déboires dans ses cours.

De plus, comment peut-on comparer une PME française dans un domaine aussi concurrentiel que l’électronique grand public à une méga-corporation américaine vendant des millions de produits hygiéniques à travers le monde chaque jour ?

Et bien pourtant, HF Company parvient à un pic de presque 500% en 2005, et surtout faisait 100% en 2004, soit en deux ans du 50%/an.

 

Je pourrais multiplier les exemples à l’infini en prenant n’importe quelle valeur ayant connue un pic important à un moment donné.

Vous remarquerez aussi que les prises de bénéfices se faisaient vers 2005-2006, au moment où la Bourse grimpait… Nous aurions eu le même effet de pics avec des graphiques partant de 2008/2009… Et cela sera encore le cas dans la décennie qui s’annonce.

Prenons l’exemple de Michelin, qui n’est certainement pas une valeur de croissance comparable aux entreprises du secteur techno.

A part l’an passé (signe des temps ?), elle a versé des dividendes réguliers.

En l’achetant avec un PRU de 40 € entre 2003 et 2004, on pouvait espérer près de 150% de gains en 2007, soit de l’ordre de 35%/an.

 

L’art d’avoir le bon timing:

Bien sûr, la difficulté majeure dans ce genre de trades, c’est d’acheter en bas de la courbe, et de revendre en haut de la courbe.

Il existe tout un tas de méthode pour voir si on se trouve « plutôt vers le bas » ou « plutôt vers le haut », et il existe aussi des méthodes (dont l’investissement progressif) pour limiter l’erreur que l’on va forcément commettre dans son appréciation.

Ce qui compte, c’est qu’on ait acheté « pas trop haut » et que l’on revende « suffisamment haut » pour faire un bénéfice moyen de plus de 10% annuels. Il suffit d’un « pic » du titre possédé, pour une raison fondamentale (l’entreprise est bien gérée et fait du bénéfice) ou une raison spéculative (OPA amicale sur des PME ou bien mouvement général haussier de la Bourse), pour avoir l’occasion de revendre avec des bénéfices.

On peut bien sûr aussi ajouter quelques dividendes si l’entreprise en a versé pendant la durée de détention de ses titres.

 

Le risque de faillite:

Certes, il existe. Chacune des entreprises citées dans mes exemples aurait pu connaître la faillite, alors que, très franchement, la probabilité que cela arrive à une bonne valeur de rendement comme Colgate, me parait très faible.

Deux réponses à ce risque:

– la diversification (évidemment !)

– la gestion du rapport gain/risque: certes perdre sa mise est gênant, mais si on fait des gains à deux ou trois chiffres sur d’autres valeurs, la moyenne restera très honorable.

Les dividendes sont-ils éternels ?

Le raisonnement mathématique pur de l’accroissement du rendement des dividendes au fil des années est valable seulement si:

– la société augmente régulièrement ses dividendes

– la société continue de verser des dividendes…

Bien sûr, il y a des sociétés américaines qui versent des dividendes de manière continue depuis des décennies… Mais cela peut-il continuer indéfiniment ?

Il ne faut pas confondre actions et obligations… (encore que les obligations peuvent également perdre leur valeur…)

La leçon du Maître:

Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, l’investisseur le plus célèbre et le plus rentable est bien Warren Buffet.

Sans rentrer dans les détails de sa vie, dans la première moitié de sa carrière, il s’est consacré essentiellement à l’achat de valeurs décôtées offrant des perspectives de croissance et non pas des dividendes.

Ce n’est que par la suite, lorsque son fond commençait à devenir tellement grand qu’il ne pouvait plus parier sur des valeurs de croissance sans racheter la société directement, qu’il s’est lancé dans une stratégie plus conservatrice en pariant sur (les bonnes) sociétés de rendement.

Pour un particulier, je pense qu’il est plus sage de s’inspirer de ses débuts, où sa rentabilité frisait l’indécence…

La possibilité de traiter sur plusieurs horizons de temps pour profiter des rebonds et limiter les crises:

Si je prend mon cas personnel, je traite aussi sur du moyen terme/court terme, à l’horizon de quelques mois à 2-3 ans.

Je peux faire en quelques mois du 20%/30% ou plus avec des valeurs décotées que j’accepterais de garder en porte-feuille bien plus longtemps si nécessaire. Par contre, lorsque le cours bondi en peu de temps, je ne peux pas laisser passer une telle occasion (sauf bien sûr sur des investissement de long terme où je vais viser davantage). Ce qui compte ici, c’est d’avoir un plan de trading clair et défini à l’avance pour éviter de se dire « ah ben ça a grimpé de 20% en 2 semaines, je devrais peut être vendre  ? » alors qu’on avait comme cible initiale du +100%, mais sur deux ou trois années, parce qu’on avait également un stop loss à 50% de perte.

Cependant, dans l’agitation des marchés actuelle, ne vaut-il pas mieux profiter des violents rebonds plutôt que d’attendre des années, avec le risque que les cours chutent encore entre temps ? Mieux encore, n’est-il pas judicieux de tenter quelques trades shorts lorsque l’occasion se présente ?

L’investisseur en dividendes, quant à lui, est bloqué durablement et ne peut pas profiter des rebonds temporaires.

Attention, je ne dis pas qu’il faille faire du trading à tout va, (je parle ici de quelques positions par an…), mais qu‘il faut savoir prendre ses profits quand ils se présentent.

Par exemple, depuis le rebond de l’automne dernier, j’ai liquidé quelques positions ayant affiché de grosses progressions de l’ordre de 20% environ, tout en conservant d’autres pour du long terme. En cas de chute des marchés dans les mois à venir, je pourrais reprendre des positions sur des valorisations plus basses, tout en ayant fixé mon profit annuel sur une partie de mon porte-feuille et en respectant ma règle:

chaque euro investi doit rapporter au moins 10% (en fait, plutôt 20…) par année passée dans mon porte-feuille.

 

L’investisseur-dividendes lui se consolera avec quelques pourcents de gains, en se disant, « c’est dommage, j’avais du +20% en début d’année »…

 

 

 

 

 

8 Réponses à “Dividendes: To be or not to be ? (épisode 2)”

  1. WWJD dit :

    Merci de cet article.
    Sur quelle plateforme peut-on trouver ce genre d’action Lacie, Colgate etc… ?

    • L'Investisseur (très) Particulier dit :

      Bonjour,
      Je ne suis pas certain d’avoir compris votre question. Voulez-vous connaître l’origine des graphiques présentés ? Ils proviennent de yahoo finance. Sinon, j’imagine que tous les courtiers actions vous donneront l’accès à ces titres…

  2. Jérôme dit :

    Suite au prochain épisode ! 😉

  3. Phil dit :

    Bonjour,

    Je ne connaissais pas votre site avant de lire votre « joute » sur dividendes.ch
    C’est très intéressant comme concept, surtout que vos arguments sont justes tous les deux.
    A mon avis, aucun type d’investissement n’est parfait, il faut juste choisir celui qui nous convient le mieux.

    Cordialement,

    • L'Investisseur (très) Particulier dit :

      Bonjour!
      Et bien ravi de découvrir de nouveaux lecteurs !
      Et oui, l’investissement parfait n’existe pas… Après, le but c’est de faire un maximum de rendement avec un minimum de risque, sachant que les deux sont très liés…

      Le problème du choix est souvent qu’il faut d’abord se connaître pour pouvoir choisir objectivement… Ca parait être une évidence, mais ça ne l’est apparemment pas tant que ça pour la plupart des gens!

  4. sam ventura dit :

    si l on achete un veritable leader de marcher, pourquoi pas, à condition d avoir le bon timige

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