Des limites de l’analyse graphique, technique et fondamentale

divination

L’analyse graphique a ses adeptes et ses détracteurs. Il en est de même de l’analyse fondamentale. Faut-il nécessairement les opposer ? Si on doit classer les investisseurs, on peut distinguer deux grandes catégories:

1. Les fondamentalistes

Ce sont ceux qui ne jurent que par l’analyse fondamentale d’une société, qui consiste à essayer d’estimer sa valeur réelle et/ou son espérance de croissance future. Les fondamentalistes, comme on pourrait les surnommer sans y coller un quelconque sens religieux bien sûr, font donc des calculs plus ou moins savants pour déterminer des données aux noms alambiqués tels que ROE, PER, EBIDTA, etc.

Tout cela s’appuie évidemment sur les résultats comptables publiés périodiquement par les entreprises. Les chiffres annoncés doivent être étudiés avec soin, car les sociétés sont libres de faire certains choix quant à la comptabilité, notamment dans les amortissements et bénéfices exceptionnels, ainsi que dans le goodwill.

Plusieurs méthodes d’investissement ou de trading vont donc s’inspirer de ces données. On peut citer l’investissement « value », l’investissement « growth », les stratégies « momentum », les stratégies sectorielles, et bien sûr toutes les combinaisons possibles entre ces différentes approches que je ne détaillerais pas ici.

Bien évidemment, ce sont des méthodes qui peuvent, si elles sont bien appliquées et cohérentes, être tout à fait profitables ! Personnellement, j’utilises d’ailleurs essentiellement une approche value en ce qui concerne la Bourse, même si j’y intègre d’autres aspects.

2. Les techniciens

Je parle ici des adeptes de l’analyse technique ou graphique (qui en est une autre forme).

Ceux-ci vont regarder des indicateurs techniques plus ou moins exotiques, aux appellations souvent alambiquées telles que MME, RSI, CCI, Bandes de Bollinger, ATR, MACD, etc.

Ils vont également observer des représentations graphiques, en courbe, en montagne, en chandeliers japonais, en barcharts, en Heikin-Ashi, ainsi que des figures chartistes aux noms poétiques comme « tasse avec anse », « double top », « biseau ascendant », etc.

Evidemment, là aussi il existe plusieurs écoles dont notamment les chartistes, qui vont déduire de certains motifs graphiques un comportement futur des cours, dans l’idée que les graphiques traduisent une psychologie des foules, et à ce titre traduisent souvent des comportements prévisibles.

Il existe des ouvrages qui vont s’évertuer à faire des études statistiques, par exemple Le chartisme de François Baron. Ce dernier est très documenté et abondamment illustré, mais faire des statistiques sur les marchés boursiers revient à faire des statistiques sur le comportement des gens : il évolue au fil des années. Peut-on vraiment comparer le comportement du français (ou de l’américain, du belge, du suisse…) moyen des années 80 avec celui des années 2010 ?

chartisme_baron

 3. La fiabilité des deux grands types d’analyses

Nous l’avons vu plus haut, chacune de ces grandes méthodes d’analyse a des limites et comporte une grande part d’empirisme et d‘interprétation subjective.

Dans les deux cas, l’objectif est justement de réduire cette subjectivité. En conséquence, aucune méthode d’analyse n’est réellement scientifique. Même les méthodes d’évaluation faites par les mathématiciens de haut vol qui travaillent en salle des marchés ne sont valables que jusqu’à ce qu’une exception (un krach bien souvent) vienne démontrer leurs faiblesses.

Autrement dit, tout cela repose sur tant de variables et d’interprétations possibles qu’elles ne servent qu’à permettre à l’investisseur de visualiser plus clairement le potentiel d’appréciation ou de dépréciation d’une valeur. Et c’est déjà beaucoup.

En effet, le choix cornélien auquel sont confrontés tous les investisseurs/traders du monde est bien de visualiser, d’une manière ou d’une autre, la situation afin de prendre une décision d’achat ou de vente.

Certains préfèrent voir les choses d’une manière graphique, d’autres avec des éléments de comptabilité. D’autres encore, dont je fais parti, n’hésitent pas à combiner les points essentiels des deux approches.

4. « l’analyse technique ou le chartisme ne servent à rien »

J’ai parcouru récemment un excellent forum boursier (que je vous recommande en passant), à savoir celui du site l’Investisseur Heureux et je suis tombé sur une vidéo où l’auteur du site, Philippe Prudhon, explique méthodiquement pourquoi observer les graphiques boursiers ne sert à rien.

Je me permet de la mettre ci-dessous car je vais tenter de donner mon point de vue sur la question, et la vidéo est très pédagogique.

 « Le ridicule est atteint avec l’analyse graphique ». « Les dividendes sont exclu des graphiques des cours ». L’exemple de la société Mercyalis. « Quelqu’un qui ferait de l’analyse graphique dirait que la tendance a été cassée, il s’est passé quelque chose dans la vie de la société … ».

Regardons de plus près le graphique incriminé.

(source: Yahoo Finance)

Mercyalis_weekly_8-5-2014

Et bien oui. Un dividende exceptionnel de plus de 10 € après une cession d’une part de près de 10 % de ses biens immobiliers me semble être un élément important dans la vie d’une société. Le graphique traduit donc bien un événement purement financier, qui affecte la société et son développement futur.

Cela n’empêche en rien que les actionnaires soient très heureux de ce dividende inespéré.

En passant, il existe des graphiques intégrant les dividendes dans le rendement total sur une période (« total return »), qui eux sont plus « justes » .

Et bien entendu, les distorsions graphiques dues aux dividendes ne s’appliquent pas à des produits financiers qui ne versent pas de dividendes (comme les paires du Forex par exemple).

Pour le reste de la vidéo, je partage tout à fait l’avis de Philippe Prudhon quand il dit qu’il ne sert à rien de faire des analyses graphiques sur des fonds à composition variable ou sur des actions d’entreprises qui ont fortement modifiées leurs structures (l’exemple de Peugeot qui est évoqué est bien choisi), avec quelques nuances cependant.

En effet, rien n’empêche que l’analyse graphique, même basique avec par exemple un simple croisement de moyennes mobiles ou des ruptures de lignes de tendance peuvent s’avérer payants, pour peu qu’on ait un money management cohérent avec des cibles claires et des stops d’invalidation (bref, un système de trading structuré). Je proposais d’ailleurs un exemple sur ce titre ici: http://www.investisseur-particulier.fr/deux-valeurs-francaises-massacrees-peugeot-et-alcatel-lucent

Pour illustrer davantage mes propos, je vais même baser l’analyse sur quelque chose que je n’utilise jamais, à savoir un graphique Boursorama (non pas que ce site ne soit pas bon, simplement il ne s’agit en aucun cas d’un site fait pour faire des analyses graphiques !)

Evidemment, si en plus de se baser sur un graphique, quelle que soit la méthode utilisée pour décider d’un achat, on cherche à optimiser un trade (remarquez que je parle de trade ici) en se disant que vraiment à 5 €, l’action est à la casse (oui, ceci après avoir étudié sa valorisation), il ne faut pas s’étonner que cela puisse être rentable ! Bien qu’on s’appuie sur une bête analyse graphique avec des lignes de tendances par exemple. Et encore, je ne parle pas de trading à plus court terme avec des signaux en données journalières dans un contexte de sous-valorisation boursière…

peugeot_weekly_7-5-2014

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se poser de questions sur ce que représente réellement ce graphique. Par exemple, le fort décrochage de ces dernières semaines correspond à une dilution des actions.

En effet, le graphique ne représente désormais plus la même chose qu’avant cette dilution.

Enfin, si rien ne prouve que l’analyse graphique soit fondée systématiquement sur des éléments réalistes, comme beaucoup d’intervenants l’utilisent, cela n’empêche pas qu’elle puisse tout de même se révéler être efficace.

Remarque: je ne cherche pas à polémiquer avec l’auteur de cette vidéo, j’ai utilisé cet exemple car il me paraissait particulièrement parlant quant à l’opposition entre les fondamentalistes et les techniciens ! De plus, je comprend tout à fait son opinion vu qu’il agit et pense en tant qu’investisseur « value » qui ne se préoccupe absolument pas des courbes mais bien de valeur ! Sans parler de ses propos très justes sur les investisseurs amateurs qui se contentent de regarder une courbe pour investir, sans chercher à comprendre ce qu’elle signifie réellement…

Conclusion:

Si chacune de ces approches à ses adeptes, c’est qu’elles peuvent être toutes deux efficaces et rentables. Le tout est d’utiliser une stratégie claire et ne pas se laisser emmurer dans une perception illusoire du marché ou des graphiques. A chacun ensuite de trouver la méthode avec laquelle il se sent le plus à l’aise.

Aux lecteurs intéressés par ce sujet, je leur conseille de (re)lire les deux articles suivants:

http://www.investisseur-particulier.fr/savoir-ce-que-lon-achete-en-bourse-et-garder-les-yeux-ouverts

http://www.investisseur-particulier.fr/choisir-ses-indicateurs-en-trading

 

Bons investissements et gardez votre esprit critique !

3 Réponses à “Des limites de l’analyse graphique, technique et fondamentale”

  1. […] revenir sur le débat analyse technique vs analyse fondamentale, on peut raisonnablement affirmer que bon nombre de méthodes d’investissement sont […]

  2. […] Si vous devez calculer pendant des heures et comparer des dizaines d’indicateurs colorés, cela ne sert à rien et s’approche davantage de l’alchimie que d’une aide à la décision. Je vous renvoie volontiers ici: http://www.investisseur-particulier.fr/des-limites-de-lanalyse-graphique-technique-et-fondamentale […]

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