Les limites de la croissance exponentielle (2ème partie: les limites de la réduction des dépenses énergétiques)

Nous abordons ici la seconde partie de notre série consacrées aux limites de la croissance exponentielle. L’épisode 1 étant ici.

Cette partie pousse le raisonnement dans les moyens de réduire les besoins énergétiques et le monde virtuel…

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Économiste: Je pense également que la croissance de l’utilisation d’énergie brute a ses limites car nous devrons un jour au moins stabiliser les dépenses annuelles. Considérons donc qu’il s’agit d’un point de départ pour discuter des perspectives de croissance économique. Mais, je ne pense pas que cela menacera une croissance infinie de l’économie.

Si nous parvenons à stabiliser l’utilisation énergétique, nous pourrons mieux l’utiliser chaque année grâce à des amélioration de l’efficience énergétique. Les innovations apportent de nouvelles idées sur le marché, stimulent l’investissement et la demande, etc. Ce sont des choses qui ne s’épuiseront pas. Nous avons de nombreux exemples de ressources importantes qui sont fondamentalement en déclin, qui seront simplement remplacées ou rendues obsolètes grâce à des innovations dans d’autres voies.

Physicien: Certes, cela se produira, et continuera à un certain degré. Mais je ne suis pas convaincu qu’elles représentent des ressources illimitées.

Économiste: Pensez-vous que l’ingéniosité a des limites ? C’est peut-être le cas, mais nous ne pouvons pas prédire de manière crédible à quelle distance nous serions d’une telle limite.

Physicien: Prenons l’exemple de l’efficience. Il est avéré qu’au fil du temps, les voitures roulent plus loin, que les réfrigérateurs utilisent moins d’énergie, que les immeubles sont construits plus intelligemment pour conserver davantage d’énergie, etc. Le meilleur parallèle que l’on puisse faire est de considérer qu’une amélioration de 2% par an correspond à un doublement au bout de 35 ans.

De nombreuses choses sont déjà presque aussi efficientes qu’il est possible. Les moteurs électriques par exemple, sont à une efficacité de 90%. Il sera toujours nécessaire d’utiliser 4184 Joules pour chauffer un litre d’eau d’un degré Celsius.

Dans les valeurs médianes, nous avons de gros consommateurs d’énergies, comme les centrales électriques, dont l’efficacité s’améliore plus lentement, à moins d’1% par an. Et leur efficacité avoisine les 30%. Combien de « doublements » sont encore possibles ?

Si la plupart des choses avaient une efficacité de l’ordre de 0.01%, je serais plus enthousiaste sur une croissance à travers les siècles basée sur l’amélioration de l’efficience. Mais il ne nous reste plus qu’un doublement, ce qui prendra moins d’un siècle à se réaliser.

Économiste: Bon, d’accord. Vous marquez un point. Mais, au-delà de l’accroissement de l’efficience, il y a également des changements complets des règles. Par exemple, la télé-conférence remplace les voyages aériens. Les ordinateurs portables remplacent les grosses machines de bureau; l’iPhone remplace les ordinateurs portables, etc. Chaque changement est moins vorace en énergie. L’internet est un exemple d’une innovation qui modifie la manière d’utiliser l’énergie.

Physicien: Ce sont des exemples importants, et j’attends une certaine continuité sur ce chemin, mais nous devrons toujours manger, et aucune activité ne pourra se passer totalement d’une utilisation d’énergie. Bien sûr, il existe des activités à faible consommation, mais rien qui ait une valeur économique ne peut se passer complètement d’énergie.

Économiste: Certaines choses peut énormément s’en rapprocher. Prenons l’exemple de la virtualisation. Imaginez que dans le futur, nous pourrons tous posséder des demeures virtuelles et satisfaire à tous nos besoins: tout ceci par des trucages basés sur des stimulations neurologiques. Nous aurons toujours besoin de nous alimenter, mais l’énergie nécessaire pour vivre un style de vie vorace en énergie sera négligeable. Vous voulez vous rendre ce week-end à Paris ? Vous pouvez le faire sans quitter votre chaise.

Physicien: Je vois. Mais cela est toujours une dépense d’énergie donnée et limitée par personne. Non seulement cela demande de l’énergie de nourrir quelqu’un (de nos jours, à un taux de 10 kilocalories utilisés pour 1 kcal mangé), mais l’environnement virtuel nécessaire demandera également un super-ordinateur. Les super-ordinateurs actuels consomment environ 5 MW. Bien sûr, nous pouvons attendre une amélioration dans ce domaine, mais il y a encore un grand chemin à parcourir. De plus, tout le monde n’a pas envie de vivre une vie virtuelle.

Économiste: Vraiment ? Qui pourrait le refuser ? Tous vos besoins sont couverts et vous avez un style de vie extravagant. J’espère pouvoir vivre ainsi un jour.

Physicien: Moi pas. Je suppose que nombreux seront ceux qui préféreront l’odeur de vraies fleurs, même avec des pucerons et des allergies; la sensation d’un vrai vent qui agite les cheveux; même une vraie pluie, des vraies piqûres d’abeilles, et tout le reste. Vous serez capable de simuler toutes ces choses, mais tout le monde ne voudra pas vivre une vie artificielle.  Tant qu’il y aura ne serait ce que quelques réfractaires, un plan destiné à réduire les besoins énergétiques à des niveaux arbitrairement bas ne peut qu’échouer. Sans parler de la réponse aux besoins métaboliques.

Mais quittons la Matrice…

(à suivre…)

2 Commentaires

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    • Nicolas sur 7 juin 2012 à 18 h 46 min

    C’est un combat entre l’environnement et l’économie. L’avant dernière intervention du physicien me fait penser au film Home sur les quantités d’énergies déployé pour que l’homme vive paisiblement.

    1. L’économie ne sera que la résultante de l’écologie. Je ne pense pas qu’il y ait un combat. Disons qu’il y a un combat entre l’appât du gain à court terme et celui à long terme…
      On peut très bien imaginer une société polluée et dégradée bien plus qu’aujourd’hui avec une économie qui s’est adaptée (je ne dis pas qu’il y aura de bonnes conditions de vie pour tous dans ce cas là).

      Bien sûr, sur le long terme, « nous serons tous morts » ! Mais vraiment morts.

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