Dix avis sur dix adages boursiers

En faisant le tour de divers blog boursiers, je suis tombé sur un commentaire (plutôt désabusé en passant) concernant les adages boursiers. J’ai bien tenté de donner mon avis, mais j’ai senti rapidement que cela méritait un peu plus qu’une simple réponse à un commentaire.

Je vais donc essayer de décortiquer ces dix adages.

1. « On achète au son du canon et on vend au son du clairon. »

Sans doute un de mes préférés. On peut effectivement faire les meilleures affaires lorsque tout le monde pense que la situation est mauvaise et revendre quand tout le monde pense que le ciel est rose et le restera (ça se saurait si ça pouvait être possible !). Le tout c’est de ne pas miser sur un cheval malade, car une situation peut toujours empirer…

2. « Il faut quitter les oripeaux du joueur et revêtir l’habit du patron du casino. »

Le joueur cherche des sensations. Il est la proie de la peur et de la cupidité. Il investit pour soigner son égo plutôt que son portefeuille. Il ne mesure pas les risques qu’il prend. D’ailleurs il n’a souvent même pas conscience de ces risques. Le patron du casino quant à lui s’appuie sur les statistiques et les probabilités. Il est serein, même si certains joueurs feront parfois sauter la banque,car il sait ! L’investisseur se doit donc d’essayer de se mettre dans la peau du patron et non pas du joueur.

3. « Qu’est-ce qu’un placement à long terme ? Un placement à court terme qui a mal tourné.

Si on ne se fixe pas des objectifs clairs (et donc des stops de protection), on risque en effet de de voir attendre en mode « espoir » qu’un trade se rattrape. Inutile de préciser que c’est très risqué et peu rentable, car on immobilise de l’argent pour rien et surtout, on subit son trade au lieu de le maîtriser.

4. « Ils m’ont dit d’acheter cette action pour mes vieux jours. Cela a remarquablement fonctionné. En moins d’une semaine, j’étais devenu vieux. »

Il ne faut jamais écouter les « bons conseils » des autres sans analyser ce qu’ils affirment par soi-même, de manière objective, au risque de se faire plumer.

5. « Mieux vaut se couper un doigt que le bras. »

Quitte à se retrouver dans une situation où l’on doit perdre (invalidation de son hypothèse de départ), autant assumer sa perte plutôt que de ne rien faire et d’être contraint de perdre encore davantage. Bref, mieux vaut au stop loss déclenché que de subit un appel de marge par exemple !

6. « On achète la rumeur et on vend les faits. »

Celle ci, je me sens bien incapable de l’appliquer. Elle signifie qu’il faut guetter les moindres informations sur un titre pour l’acheter si on a des raisons de croire que son potentiel va s’améliorer. Bref, il faut essayer sans cesse d’anticiper. Par la suite, devant des faits évidents (baisse des bénéfices, pertes de marchés, etc), il ne faut pas hésiter à vendre. Pour appliquer l’achat de la rumeur, il faut avoir les oreilles qui traînent au bon endroit. A moins d’être en permanence avec les bonnes personnes, je ne vois pas comment on peut faire cela efficacement (et encore moins en ce qui me concerne, moi qui ne me renseigne que par internet, où pullulent les rumeurs et autres hoax). Par contre, l’anticipation (et donc l’élaboration de plusieurs hypothèses) est nécessaire pour être efficace. On peut anticiper grâce à un graphique (ouf, je m’en sors mieux ainsi qu’avec des délits d’initiés).

7. « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. »

Si un titre s’envole sur une longue période de temps, il faut savoir le vendre (ou cesser de l’acheter) car il finira par retomber de ses sommets. C’est le phénomène des bulles créé par la cupidité des investisseurs.

8. « Il y a deux règles dans le placement. La première est: ‘Ne perdez pas votre argent’, la seconde: ‘N’oubliez pas la première’. »

Cette citation de Benjamin Graham est facile à comprendre: la conservation de son capital est la priorité pour tout investisseur. Ceci dit, c’est plus facile à dire qu’à faire. D’autre part, les pertes FONT partis du trading, car sans pertes, pas de risque, et sans risque, pas de gain !

9. « Un économiste est un expert qui vous dira demain pourquoi ce qu’il avait prévu hier ne s’est pas passé aujourd’hui. »

Que dire de plus ? C’est très véridique, même si le fait que les économistes se contredisent entre eux implique que certains ont forcément raisons de temps à autres !

10. « Après la pluie, le beau temps »

Celle-là n’a à priori que peu de rapport avec l’investissement. Ceci dit, elle a le mérite d’affirmer qu’il faut toujours garder espoir et que les phénomènes naturels sont toujours cycliques… Bref, il faut relativiser les périodes de crise.

En ce qui me concerne, je trouve que les expressions populaires sont souvent fondées, mais il faut bien avouer que « le bon sens paysan »  peut aider à éviter des problèmes, mais ne suffit pas à lui seul pour s’enrichir…

8 Commentaires

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  1. Encore une bonne idée de post. J’avoue que ma préférée et celle que j’utilise la plus quand je trade est « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. » (comme l’EUR/DOLLAR)

    1. Ceci dit, il ne faut pas négliger l’influence des « chiffres ronds ».
      1,50 € ne pouvait qu’entraîner une correction, ne serait-ce que provisoire (et de moindre ampleur). Par exemple, le Nasdaq, qui semblait bien monter au ciel, juste avant le krach de 2000, était à 5000 points… avant de s’écrouler… Tiens, ça me donne une idée de post à développer…

  2. Je rajouterai (surtout pour le fun) :

    Il y a deux cas dans lesquels un homme ne devrait pas spéculer en Bourse : quand il n’en a pas les moyens et quand il en a. – Mark Twain

    Si vous devez cent dollars à la banque, c‘est votre problème. Si vous devez cent millionsde dollars à la banque, c‘est le problème de la banque.

    Sometimes your best investments are the ones you don’t make. – Donald Trump

    (source: http://alphapourtous.blogspot.com/p/citations.html )

    1. Bonjour à toi voisin bloggeur,

      La citation de Mark Twain, même si elle est de bon sens, n’est pas très encourageante tout de même, puisqu’il dit de se tenir à l’écart de la Bourse :o)
      J’aime mieux la version de Donald Trump !

  3. Oui pour la citation de Mark Twain, elle n’est pas très encourageante mais je pense qu’elle est surtout destinée aux spéculateurs… enfin bon, je la trouve amusante.

    Très bonne continuation à toi !

    • Bernard Basset sur 17 septembre 2011 à 18 h 53 min

    Bravo pour tes articles et ton approche

    Parmi les adages tu as oubliés sans doute le plus stupide  » Pas vendu pas perdu  » Il en traine de cadavres derrière lui celui là.

    Amicalement

    Bernard

    1. Merci ! Venant d’un investisseur confirmé, sur forex qui plus est, cela me fait bien sûr très plaisir ;o)

      Effectivement, je n’avais même pas pensé à ce fameux « pas vendu pas perdu » tant je le trouvais indigne d’un investisseur sérieux. Je dois faire un blocage dessus ! Il faut avouer aussi que les adages que je proposais étaient plutôt « positifs », alors que celui-là, il faut surtout l’éviter. Ceci dit, cela me donne l’idée de rédiger les « 10 adages boursiers les plus stupides » un de ces jours…
      Au plaisir de te relire ;o)

    • mathieu sur 16 décembre 2013 à 11 h 35 min

    Le conseil de Benjamin Graham est à la fois terriblement logique et terriblement difficile à suivre…
    Il y a une autre phrase que j’aime beaucoup, elle est de George Soros :
    « La question n’est pas d’avoir raison ou tort, mais plutôt combien d’argent vous faites quand vous avez raison, et combien vous perdez quand vous avez tort. »
    ( http://www.en-bourse.fr/les-8-meilleurs-conseils-des-grands-traders )

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