Pourquoi il ne faut jamais acheter une entreprise juste pour ses dividendes… L’exemple de Tesco (et des Pages Jaunes…)

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Je vous ai déjà parlé de Tesco cette année.

Cette entreprise me parait très intéressante, à plusieurs titres:

– elle me permettra d’illustrer de nombreux concepts essentiels en Bourse: investissement progressif, plan de trading/d’investissement, diversification en actions étrangères, redressement, dividendes, grosses capitalisations, etc.

– comme elle présente, à mes yeux, un potentiel de profit, j’ai un peu investi dedans et cela me permet de tenir un fil rouge sur le sujet

En ce qui me concerne, je vise un redressement de ce gros distributeur britannique. Pour diverses raisons que j’ai déjà évoqué ici, j’estime que cette entreprise peut voir ses cours boursiers se redresser de manière importante dans les années à venir.

Notez que cet avis n’engage que moi, et qu’il se peut également très bien que le titre descende encore bien plus bas, en fonction de la situation économique mondiale évidemment (et je ne parle pas de la géopolitique…). Quoiqu’il en soit, j’estime les risques de banqueroute totalement négligeable pour cette entreprise (c’est un peu comme parier sur la faillite de Carrefour en France). Cela signifie, qu’avec un investissement progressif mûrement réfléchi, et une échéance suffisamment lointaine (dix ans…), il n’y a aucune raison que je ne m’en sorte pas au final avec une plus-valu au moins honorable et au mieux excellente.

Ceci dit, pour le moment, la situation est loin d’être rose.

Ce matin, le titre a dévissé de plus de 8% à l’ouverture. En effet, Tesco vient de faire une annonce importante, à laquelle on pouvait s’attendre de manière logique, mais il est important de l’avoir exprimé clairement.

The combination of challenging trading conditions and ongoing investment in our customer offer has continued to impact the expected financial performance of the Group.

The business continues to face a number of uncertainties, including market conditions and the pace at which benefits from the investments we are making flow through in the second half and consequently the Board has revised its outlook for the full year. We now expect trading profit for 2014/15 to be in the range of £2.4bn to £2.5bn.  Trading profit for the six months ending 23 August 2014 is expected to be in the region of £1.1bn.

Dave Lewis will now join Tesco as Chief Executive on Monday 1 September.  He will be reviewing all aspects of the Group in order to improve its competitive position and deliver attractive, sustainable returns for shareholders.

The Board is focused on maintaining a strong financial position in order to maximise its business and strategic optionality.  Reflecting this and our current expectations for future performance, the Board anticipates that it will set the interim dividend at 1.16p per share – a reduction of 75% from last year’s interim dividend.

In addition, we are implementing further reductions in capital expenditure.  For the current financial year capital expenditure will now be no more than £2.1bn, some £0.4bn less than originally planned and a reduction of £0.6bn from the previous financial year.  This will be achieved in a number of areas including IT and the slower roll-out of our store refresh programme.

Sir Richard Broadbent, Chairman, said:

« The Board’s priority is to improve the performance of the Group.  We have taken prudent and decisive action solely to that end.  Our new Chief Executive, Dave Lewis, will now be joining the business on Monday and will be reviewing every aspect of the Group’s operations.  This will include consideration of all options that create value for customers and shareholders.

The actions announced today regarding capital expenditure and, in particular, dividends have not been taken lightly.  They are considered steps which enable us to retain a strong financial position and strategic optionality. »

Further details on trading performance will be provided as usual in our Interim results announcement, scheduled for release on 1 October.

Sans vous traduire tout le texte, il faut retenir les points essentiels:

– Le dividende intermédiaire d’octobre était de 4.63 pences l’année dernière et il passe à 1.16 pences, tout en annonçant que l’objectif est de garder une bonne capacité financière (sous-entendu, les dividendes annuels, avec le versement d’avril, seront aussi réduits, sans toutefois préciser le montant exact)

– un avertissement sur résultat a été donné, puisque Tesco ne s’attend « plus qu’à » 2.4/2.5 milliards de livres de profit pour le prochain exercice.

– une réorganisation de l’exécutif a lieu, pour tenter de redresser la situation du groupe (qui, notons le car c’est un élément important, continue à faire des profits, mais en diminution)

Comment analyser la réaction du marché ?

Pour un investisseur qui voudrait rentrer sur cette valeur, il convient de se poser la question de profiter de l’aubaine (baisse brutale du cours aujourd’hui) ou bien va-t-il tenter d’attraper un couteau qui tombe ?

Je rappelle que je prends le cas de Tesco comme exemple représentatif et que je n’incite personne à investir dans cette valeur…

La réaction du marché aujourd’hui et la semaine prochaine va être très intéressante à observer. Si en on croit les premiers échanges, les investisseurs ont pris conscience que cette annonce était plutôt positive…

Soit les investisseurs considèrent que la coupe de dividendes était attendue, et le prix va rester stable et probablement remonter assez vite.

Soit ils considèrent que c’est le début de la fin. Rappelons que Tesco verse des dividendes régulièrement et de manière croissante depuis les années 90 !

En ce qui me concerne, la décision du management me parait très saine. Il vaut mieux alléger les dépenses en coupant dans les dividendes pour regagner des parts de marchés plutôt que d’essayer de payer quelques années de plus, en s’endettant ou ne prenant pas les décisions nécessaires (et forcément mauvaises, dans un premier temps, pour les marges) pour s’attaquer à la concurrence.

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L’exemple de Solocal Group (ex-Pages Jaunes)

Le contre exemple parfait est la stratégie du groupe Page Jaunes, qui a versé des années durant de gros dividendes, parfois même à deux chiffres, bien au-delà de leur profits avec un taux de distribution dépassant les 100% plusieurs années de suite. Les investisseurs qui ont investi en se disant, « oui, mais il y a des gros dividendes » ont déchanté depuis.

Le résultat de cette stratégie est que le groupe a changé de nom, et ne verse plus de dividendes (et les résultats sont toujours en baisse)…

La chute de l’action en 2006 est due au versement d’un dividende exceptionnel de 9 €. On voit donc que le versement des dividendes n’a pas compensé la baisse de cours et de plus, s’est arrêté brutalement.

Local - Pages Jaunes_weekly_29-8-2014

Autrement dit, un actionnaire qui aurait choisi d’investir sur cette valeur sur la base du dividende aurait mieux fait de garder son argent sur son livret A

Se tenir à son plan d’investissement

Dans l’exemple de Tesco, mon plan est simple:

Achat vers 300 GBX (voir mon article sur Tesco pour les jolis graphiques)

Renforcements vers 250, 200 et 150 GBX.

Si le cours descend sous 150 GBX, je réanalyserai la situation et me demanderai pourquoi cette résistance importante a été franchie. Si c’est en raison d’une crise mondiale où toutes actions dévissent, je pourrais envisager un renforcement, à condition évidemment que Tesco garde des atouts. Cependant, ce seuil des 150 GBX me semble être une limite basse importante. Rappelons que j’ai estimé la juste valeur de Tesco vers 300-400 GBX.

Je conçois tout à fait que ce type de stratégie est parfaitement contradictoire avec un esprit « trading ». Ici, mon stop loss est sur la quasi-faillite de la société en une dizaine d’années. En pur trading, je serais déjà sorti sur un stop loss sous 250 GBX (en considérant un point d’entrée sur 300 GBX qui visait un rebond). Ici, je raisonne sur un investissement dans la valeur, à long terme où chaque baisse est une occasion supplémentaire pour renforcer sa position. Et comme ma position sur Tesco ne dépasse pas quelques pourcents de mon porte-feuille (et au mieux, une quinzaine de pourcents à terme), je n’ai pas d’inquiétude particulière.

Je n’insisterais jamais assez sur l’intérêt d’un plan d’investissement pour avoir l’esprit en repos, quelle que soit le cours boursier d’une action donnée !

Evidemment, il y a des personnes qui ne supportent pas l’idée d’avoir une moins-value latente de plus de 10%… A eux de choisir une stratégie compatible avec leur psychologie propre !

Que doit retenir l’investisseur particulier ?

Ma stratégie d’investissement n’est pas tournée vers les dividendes, même si je reconnais leur intérêt à long terme. Ce qui m’intéresse, c’est soit d’investir dans une entreprise que je pense être capable de se redresser (ou au moins de faire croire suffisamment longtemps au marché qu’elle va se redresser, le temps de connaître un nouveau pic de cotation…), soit d’investir dans une entreprise pérenne tant que mon prix d’achat reste sous mon estimation de valeur réelle de l’entreprise.

Evidemment, le mieux c’est d’avoir les deux conditions réunies en même temps !

Il ne faut jamais acheter une action sur l’espoir de gros versements de dividendes, car une simple décision d’un conseil d’administration peut réduire à néant vos plans.

D’autre part, si on suit une stratégie claire, il ne faut pas hésiter à acheter une action dans un marché en forte baisse puisque c’est logiquement à ce moment qu’on peut faire les meilleures affaires…

Un réponse à “Pourquoi il ne faut jamais acheter une entreprise juste pour ses dividendes… L’exemple de Tesco (et des Pages Jaunes…)”

  1. chroom dit :

    C’est clair ! Les exemples ne manquent pas… Bank of America, Centurylink, General Motors,…
    Il faut se méfier
    1) des rendements trop beaux pour être vrais (à partir de 7% ça pue vraiment… en ce moment je dirais même à partir de 5%)
    2) des ratios de distribution supérieurs à 80%
    3) des dividendes qui stagnent, ça peut annoncer une baisse ou une suppression
    4) des secteurs économiques exposés à la conjoncture (automobile,aviation, finance…)
    Merci pour cet article sur les dividendes Thomas… ça me rappelle une fameuse joute 😉

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