Les limites de la croissance exponentielle (3ème partie): le prix minimal de l’énergie

Après une petite pause, due à divers déplacements professionnels qui m’ont éloignés quelque peu de ce blog, la série d’articles consacrés aux limites de la croissance infinie reprend ici avec cette troisième partie.

Elle fait suite à cet article: http://www.investisseur-particulier.fr/les-limites-de-la-croissance-exponentielle-2eme-partie-les-limites-de-la-reduction-des-depenses-energetiques

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Physicien: Quittons la Matrice et allons droit au but. Imaginons un monde avec une population constante et une utilisation énergétique constante. Si le flux d’énergie est fixe, mais si on considère une croissance économique continue, alors le PIB continuera à croître. Cela signifie que l’énergie, une ressource physiquement limitée, doit devenir arbitrairement bon marché pour que le PIB puisse continuer sa croissance.

Economiste: Oui, je pense que l’énergie joue alors un rôle amoindri dans l’économie et devient tellement peu chère qu’on puisse la négliger.

Physicien: Pensez-vous vraiment cela ? Une ressource physiquement limitée qui est fondamentale à n’importe quelle activité économique pourrait devenir bon marché ?

Economiste: Oui, c’est ce que je pense.

Physicien: Bon, assurons nous que nous parlons de la même chose. L’énergie représente de nos jours environ 10% du PIB. Admettons que nous limitions la quantité disponible chaque année à un certain niveau, mais que nous laissons le PIB croître. Nous devons ignorer l’inflation en tant que nuisance dans ce cas: si mes 10 unités d’énergie coûtent cette année 10 000 $ de mes revenus de 100 000 $; alors l’an prochain, la même quantité d’énergie coûtera 11 000$ de mes 110 000 $. Nous allons ignorer cet effet en tant qu’inflation « dénuée de sens ». La « croissance » du PIB dans ce sens n’est pas une vraie croissance, mais juste un rééquilibrage de la valeur de la monnaie.

Economiste: Soit.

Physicien: Donc, pour avoir une vraie croissance du PIB avec une énergie constante, la coût fractionnel de l’énergie doit diminuer par rapport au PIB.

Economiste: Correct.

Physicien: Jusqu’où pensez-vous que cela puisse aller ? Le coût de l’énergie descendra jusqu’à 1% du PIB ? 0,1%? Y-a-t’il une limite ?

Economiste: Il n’y en a pas nécessairement. L’énergie peut devenir un problème d’importance secondaire dans l’économie du futur, comme dans le cas d’un monde « virtuel » que nous avons précédemment évoqué.

Physicien: Mais si l’énergie devenait arbitrairement bon marché, quelqu’un pourrait tout acheter, et soudainement, les activités économiques pourraient se gripper. La nourriture cesserait d’arriver sur la table sans énergie. Les gens s’intéresseront à cela et quelqu’un sera prêt à payer plus pour cette énergie. Chacun voudra le faire, ce qui fera augmenter les prix de l’énergie. Il y a donc un plancher au prix de l’énergie.

Economiste: Ce plancher peut être très bas: bien moins que les 5-10% que nous payons aujourd’hui.

Physicien: Mais il y aura bien un plancher ? 5% ? 2% ? 1 % ?

Economiste: Disons 1%.

Physicien: Ainsi une fois que notre coût annuel en énergie atteindra 1% du PIB, les 99% restants seront bloqués. S’ils essayent de croître, alors les prix de l’énergie devront croître proportionnellement, et nous aurons une inflation monétaire, donc pas de vraie croissance.

Economiste: Je n’irais pas si loin. On peut toujours avoir de la croissance sans augmentation du PIB.

Physicien: Ceci dit, nous sommes maintenant d’accord que les prix de l’énergie ne peuvent pas baisser indéfiniment.

Même les premiers économistes, comme Adam Smith, prévoyaient la croissance économique comme étant une phase temporaire durant peut-être quelques siècles, et ayant pour limite les terres. Si les humains persistent sur le long terme, il est claire que la théorie de l’économie constante va de loin survivre l’actuelle économie basée sur la croissance continue.

Oublions Smith, Keynes, Friedman et tous les autres. Les économistes s’intéressants à une économie constante et fonctionnelle resteront dans l’Histoire bien plus longtemps que les adeptes de la croissance…

(à suivre…)

Remarque: Si vous voulez en savoir plus sur les économistes de la croissance nulle (Tim Jackson…), je vous suggère cet article qui résume bien cette approche: http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/02/22/un-capitalisme-sans-croissance-economique-est-il-possible/

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