Acheter des turbos infini par l’exemple

turbocompresseur

Je vous rassure, je ne vais pas transférer ce site en blog automobile pour mécaniciens en herbe. Simplement, le parallèle entre le système de turbocompression, qui permet en gros d’augmenter la pression des gaz d’admission et donc un meilleur remplissage des cylindres, afin d’améliorer la puissance du moteur et les produits de type turbos en finance est assez éloquent.

Nous sommes bien là face à des produits à effet de levier qui augmente « la puissance » d’un investissement.

Et bien entendu, comme tous les produits de ce type, cela augmente également « la puissance » d’un mauvais investissement.

Dans mon 3ème article de ce blog, datant du 22 janvier 2011 (et oui, déjà plus de deux ans…) http://www.investisseur-particulier.fr/la-bourse-panaroma-des-produits , j’affirmais que « personnellement, j’évite tous les produits complexes, dont le marché est tenu par des spécialistes et qui sont des créations des banques. » Parmi ces produits, je mettais évidemment les turbos.

Or voilà que, pour la première fois, j’en ai acheté !

Ça y est, vous allez penser que j’ai craqué. Que je me dédis, que je me suis fais avoir aux appels des sirènes de la finance qui promettent « de devenir millionnaires en moins de deux heures », etc.

Non, je respecte simplement mes principes, à savoir essayer avant de critiquer.

J’utilise très rarement des CFDs et seulement lorsque le hasard de mes observations me fait voir un schéma de trading éprouvé avec un bon rapport gain/risque. Ce que je reproche à ces produits, c’est surtout leur date d’échéance régulières. Même pour un trade à court terme (sur quelques jours tout au plus), il m’est déjà arrivé de ne pas vérifier avec précision la date d’expiration ce qui a entraîné une clôture de ma position alors que celle-ci allait dans le bon sens. Quand j’ai remarqué cela, j’ai trop tardé (ce qui dans ce cas voulait dire simplement quelques heures) pour reprendre une position car le cours avait fortement décalé, de plus dans mon sens initial et mon rapport gain/risque ne tenait plus la route.

Quand on sait de plus que je pratique plutôt du swing trading sur une ou plusieurs semaines, c’est encore pire d’autant plus que les dates d’échéances sont très variables entre les différents CFDs. C’est pour cela d’ailleurs que j’apprécie le Forex où il n’y a aucune échéance ni quasiment de fermeture du marché (en dehors du week-end). Bref, la variable « temps » n’intervient pas et il me suffit de patienter tranquillement en fonction de mes règles d’entrée et de sortie sans avoir à me préoccuper d’autre chose.

Bref, les CFDs ne me sont pas adaptés.

Mais comment couvrir son porte-feuille efficacement ? Ou même sans penser à couvrir, comment profiter d’une baisse prévisible sans s’embêter avec la VAD (Vente à découvert) qui génère des frais inutiles et qui a également des échéances en fonction des dates du SRD (à vrai dire, il ne s’agit que d’échéances de paiement, mais cela m’insupporte d’avoir à payer des frais inutiles !)

Il existe certes des produits de types trackers baissiers, comme les Lyxor BX4 ou Easy ETF EZC, mais il existe le phénomène de bêta slippage qui, sans rentrer dans les détails mathématiques, provoque un décalage entre les variations du sous-jacent (ici le CAC40) et le tracker. Ce décalage augmente évidemment avec le temps.

Concrètement, le BX4 (par exemple) est adapté sur des périodes allant de quelques semaines à quelques mois au grand maximum. Au-delà, le bêta slippage devient trop important et au-deçà, le spread est peu concurrentiel avec les produits de type CFDs par exemple.

J’avoue que j’utilise les BX4 en couverture partielle de mon PEA, lorsque les cours entrent dans une zone de surachat d’après mes critères (c’est à dire actuellement), mais pour les raisons évoquées précédemment, je trouve cette solution complexe en raison du bon timing qu’il faut avoir et peu rentable au final.

Bref, je recherche donc une autre solution et je suis donc aller voir du côté des turbo put infini.

Mais qu’est-ce donc un turbo ?

Plutôt que de réexpliquer pour les plus néophytes d’entre vous (ou les plus prudents qui ne s’intéressent pas aux produits à levier) ce qu’est un turbo, je vous conseille les vidéos pédagogiques proposées par ING. Non, je n’ai pas d’actions ING et je n’ai aucun lien avec cette société, mais quand une entreprise commerciale a la bonne idée de faire des vidéos pédagogiques simples et claires, sans mettre en priorité un message vous faisant croire que tout est facile et que vous allez être bientôt riches, il faut le souligner !

Personnellement, j’apprécie trois points chez les turbos infini:

1- Il y a un stop loss intégré à travers la barrière désactivante

2 – Pas d’effet temps comme les Warrants par exemple

3 – Un choix dans l’effet de levier, qui peut être raisonnable.

Ce que je n’aime pas, c’est malheureusement le propre des dérivés, on ne voit pas le prix immédiatement, et il faut suivre le sous-jacent. Ceci dit, pour les gros indices, je les suis de toute manière, donc ce n’est pas trop gênant.

Application concrète – Acheter des turbos

Quand je veux comprendre les petits détails, j’aime bien essayer avec une petite somme un produit qui me semble présenter un certain intérêt.

J’ai donc acheté aujourd’hui un petit lot de 137 turbos (S&P500 Turbo Put Infini 1782.0) à un prix de 1,47 €, pour un total de 201,39 €. En raison du spread de 4 centimes (chez ING en tout cas), ils ne valent déjà plus que 195,91 € soit 2,71% de frais dus au spread.

L’effet de levier au moment de l’achat est de 8,8. Vous remarquerez que ce levier augmente au fur et à mesure que le cours du sous-jacent s’approche de la barrière désactivante, ce qui est logique puisque votre risque est toujours de 200 € dans ce cas mais que le « stop » se rapproche.

Cela signifie également que le spread augmente avec le levier. Si j’achète le même turbo à 1,20 € (le spread de 4 centimes étant fixe), j’aurais 3,45% de frais. L’inverse étant évidement vrai !

Normalement, il faudrait ajouter à cela les frais du courtier (tout comme pour acheter des actions), mais je ne vais pas compliquer le calcul inutilement, surtout que l’exemple ne serait pas très adapté pour un véritable investissement en turbos (qui serait un peu plus élevé que les 200  € de mon achat-test).

Je me fixe bien sûr des conditions correctes pour mon trade:

J’ai acheté à un niveau du SP500 de 1650. Je vise un retour vers 1500. Je me fixe un stop réel à 1705. Cela me fait un rapport gain/risque de 2,72 ce qui est acceptable.

Par ailleurs, je me fixe un stop loss sur l’entrée si le SP500 touche 1600.

EDIT du 9/05/2014: Pour la petite histoire de ce trade, le SP500 est effectivement descendu sous les 1600 avant de repartir à la hausse.

Je m’étais fixé comme objectif de remettre un stop loss sur l’entrée dans ce cas là. Avec les Turbos, il est difficile de traduire précisément la valeur du sous-jacent par rapport à la valeur du turbo (c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je ne trade pas ce type de produit).

J’ai donc décidé de sortir, après un achat le 15 mai 2013 à 1.47 (SP500 à 1658), et ai revendu le 28 juin à 1.57 €(SP500 à 1606) afin de neutraliser ma position avec un léger gain (près de 6% tout de même). Je n’ai pas tout à fait respecté mon trading, mais j’avoue avoir pris cette position surtout pour illustrer mon article (avec une somme minuscule de 200 €) et j’avais peur de l’oublier et de sortir sur le stop loss initial.

J’ai d’ailleurs bien fait, car dans une forte tendance haussière, si un signal baissier ne donne pas une réussite rapide, c’est qu’il risque de se retourner violemment. Ce qu’il a d’ailleurs fait, car jusqu’à aujourd’hui, nous avons frôlé encore récemment les 1900 points et la correction tarde donc à venir.

Bref, les turbos demandent un suivi précis du sous-jacent, et s’ils peuvent s’avérer intéressant, je trouve que les CFD sont plus simples à manipuler (pour ceux qui insistent pour faire du trading !)

(CFD SP 500 en données quotidiennes)

SP500 daily 15 mai 2013

 

Techniquement, le SP 500 et tous les indices majeurs américains sont en zone de surachat en données hebdomadaires. Le SP500 l’est également en données quotidiennes aujourd’hui. De plus, le DJ a franchi les 15000 points, le Nasdaq touche les 3000, le CAC frôle les 4000 et je ne parle pas de l’envolée récente du Nikkei qui a franchit également les 15000 points !

Bref, pour moi, beaucoup de conditions sont réunies pour une correction, ne serait-elle que provisoire.

Bien entendu, rien n’est certain, mais il est clair que les indicateurs sont en surchauffe. Après, comme d’habitude, tout est une histoire de rapport gain/risque

En passant, vous remarquerez une difficulté supplémentaire de l’utilisation des turbos pour fixer des stop loss et des ordres de prises de profit directement sur le turbo. Certes, il existe des calculateurs de turbos pour vous aider à faire les conversions par rapport au cours de référence, mais tout cela est tout de même plus compliqué qu’une lecture directe d’un cours de bourse.

A chacun de se faire une opinion.

Attention, cet exemple de trading n’est qu’un exemple justement, pour illustrer l’utilisation des turbos. A ne pas suivre aveuglément.

Bons investissements !

 

(2 commentaires)

  1. Merci pour ce récit ! Je l’ai vraiment dévoré, les turbos m’intriguent fortement !

    J’entends couramment parler de turbos sur le CAC40 en intraday (ou d’autres indices comme dans votre cas), mais jamais sur les actions ..
    Je suis chez BD, j’envisage de mettre au point une nouvelle technique de trading, je voudrais acheter et revendre des turbos en ID en misant sur une hausse/baisse du sous jacent d’environ 2%, est ce que cela peut être viable ?

    1. Décidément, j’aimerai avoir le temps de me consacrer pleinement à ce blog, je viens seulement de me rendre compte que je n’avais pas répondu à ce message datant d’il y a presque un an !
      Bon, je répond tout de même dans le cas où d’autres lecteurs se posaient la même question.
      Faire du trading intraday avec des turbos (ou autre chose) est extrêmement difficile pour un particulier du fait de la rigueur, de la pression psychologique et de la nécessité d’être réactif. Une amplitude de 2% est possible (tout dépend des actions), mais le rapport gain/risque va probablement être mauvais, à moins d’avoir découvert une méthode miracle, n’est-ce pas… Enfin, tout dépend de la méthode utilisée donc. Du swing trading sur quelques semaines me parait déjà plus réaliste.

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