Le crédit pour une relance ? Ou bien la dernière chance de Keynes ?

Une pyramide (ou chaîne) de Ponzi est un circuit financier où l’argent des nouveaux entrants permet de rémunérer grassement les précédents. Dès que le système s’arrête, tout s’écroule. Elle tient son nom de Charles Ponzi, qui a mis en place une escroquerie basée sur ce principe dans les années 20, à Boston.

Plus récemment, la célèbre « affaire Madoff » (2008) a refait parler de ce système.

Quand on regarde les finances publiques, on voit bien que tout le système repose sur une pyramide de Ponzi. A ceci près que l’argent frais est apporté par des crédits pris par l’Etat (donc sur le dos des générations futures).

Ah oui, un autre détail, c’est que nulle part on parle d’escroquerie. Au contraire, on parle « d’investissement », de « plans de sauvetages », de « relances ».

Source: Banque de France, données mis en graphique par http://auxinfosdunain.blogspot.com/

Parallèlement à cela, j’ai vu une publicité de crédit à la consommation à… 0% TEG. J’ai crû halluciner. La dernière fois que j’avais vu ça, c’était en vacances en Pologne. Je me disais « ah ben oui, c’est normal, toutes les grosses boites investissent à fond dans le pays et pour que la sauce prenne, va bien falloir que les gens achètent en masse, histoire de s’endetter pour quelques années MAIS avec une télé neuve écran plat 107 cm ». Enfin, bon, rien d’anormal pour un pays qui se développe selon le modèle capitaliste keynésien.

Après, je me suis dis, bon la société qui fait cette pub a les moyens de faire un coup d’éclat, on va voir si j’en trouve une autre facilement, rien qu’avec google. Ben oui, j’ai trouvé, une autre société, qui vend tout un tas de trucs technologiques. Pareil, du bon gros 0%. J’ai pas poussé mes recherches plus loin, mais j’imagine qu’il y a bien d’autres qui font ce genre d’offres.

Du 0 %, en France ? Vous vous rappelez un jour avoir vu un crédit à 0%, mais vraiment, sans frais caché. Bref, du vrai 0 %, comme une avance gratuite de trésorerie quoi ?

Moi pas.

Et on ne peut certainement pas comparer la situation de la France à la Pologne ou à n’importe quel pays émergent. On n’est pas entrain de découvrir le capitalisme, on n’est pas entrain de se développer grâce à une nouvelle consommation effrénée.

Non, nous, on s’endette.

Tout le système ponziesque de la perpétuelle consommation doit continuer son chemin. Ça tombe bien, il y a des nouveaux pays plein d’avenir (les BRIC : Brésil Russie Inde Chine), entre autres, avec d’immenses marchés qui ne demanderont qu’à acheter, quitte à s’endetter un peu en attendant.

Ça peut fonctionner. Je dirai même qu’une paquet de personnes espèrent que cela va fonctionner, après tout, l’éminent Keynes l’a bien dit :

La consommation dépend du revenu et d’une propension marginale à consommer qui suit la loi psychologique fondamentale à laquelle nous pouvons faire toute confiance, à la fois a priori en raison de notre connaissance de la nature humaine et a posteriori en raison des enseignements détaillés de l’expérience… qui veut qu’en moyenne et la plupart du temps les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît, mais non d’une quantité aussi grande que l’accroissement du revenu.

Il suffit donc d’ouvrir grand les vannes du crédit pas cher (gratuit?) pour que la consommation augmente mécaniquement et que l’économie redémarre.

Sauf que… Si ça marche pas, tout s’écroule.

En passant, pour mieux comprendre les théories de Keynes (et d’un de ses contradicteurs, Hayek), j’ai trouvé (sur l’excellent blog, mais je l’ai déjà dis auparavant…) d’Oliver Crottaz, une vidéo très pédagogique (dommage que ce soit du rap, j’avoue que j’ai un peu de mal à supporter cette musique, mais bon… la vidéo vaut le coup!).

Si avec tout ça, on s’en sort, c’est qu’on a de la chance :o)

5 Réponses à “Le crédit pour une relance ? Ou bien la dernière chance de Keynes ?”

  1. Jonathan dit :

    Salut,

    Marrante la vidéo et pédagogique 😉
    Je savais pas qu’en France certains crédits à la consommation étaient à 0%, il y a donc vraiment un gros besoin de consommateurs pour s’endetter.
    Après s’il n’y a plus personne pour s’endetter, je me demande ce qu’ils vont inventer (der primes à l’endettement lol).
    Je vis au Japon et c’est un peu la même chose, les mêmes causes (abus de plan de relance) causent les mêmes effets 😉 Ici, l’épargne est rémunéré à 0,1% ce qui fait sourir mais n’empêche, ça ne fait pas plus consommer des consommateurs qui n’ont pas confiance en l’avenir.

    Aux économistes et politiciens de méditer sur tout ça et mettre un peu de côté leurs concepts théoriques pour se pencher sur la réalité. B-)

  2. L'Investisseur (très) Particulier dit :

    Ces politiques ne sont qu’une fuite en avant. Au Japon, ça dure depuis des décennies. Donc forcément, les politiciens qui ont lancé ce système sont morts depuis longtemps, après avoir bien profité.
    En fait, c’est une martingale géante, qui finira forcément mal ;o) Reste à savoir quand. Si c’est dans 5 ans ou 50 ans, en ce qui me concerne, le résultat ne sera pas le même sur le déroulement de ma vie. Et je pense que la très grande majorité des « responsables » raisonnent de la même manière et que les quelques uns qui ont de bonnes idées, sont noyés dans la masse mondiale des « intérêts personnels ».

  3. Jonathan dit :

    Voila,

    C’est là le souci, les intérêts à court-terme prennent le pas sur ceux à long-terme donc ça va finir mal tôt au tard. Il faudrait mieux tôt car plus l’échéance est repoussé et plus ça va faire mal.
    Je me souviens du livre de Loïc Abadie ou il prévoyait le scénario de la crise 2008-2010. Il a vue juste pour le début mais pas ensuite donc bien difficile de prédire le timing.

    Affaire à suivre pour voir quand ça arrivera et essayer d’échapper au dégât.

  4. Perret dit :

    La différence entre un état et un particulier c’est que ce dernier à une date d’échéance. Autrement dit, un état ne « coule pas » à proprement parler. En revanche ses citoyens risquent d’être dans une belle m*** pour rembourser les emprunts de leur belle patrie.

    Concernant, les « BRIC », le Brésil, que tant admire et prône en exemple économique et écologique, à moins que ce ne soit pour les charmes de ses plages, va à terme se péter méchamment le gueule. En effet, pour rejoindre le propos initial de l’article, au pays des bikinis et bistouris, on paye sa boite de petits pois à crédits, la possibilité de payer comptant ou à crédit vous étant systématiquement proposée au moment du règlement. A ce choix, la nouvelle classe moyenne émergente semble avoir une préférence marquée pour le payement à crédit. Mais comme dans Cendrillon, aux douze coups, il faudra….passer à la caisse pour de bon, en sus des intérêts. Reste à trouver le timing pour initier un « Big Short » et se gaver. Merci à tous ses ignares !!!!

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