Comment déterminer facilement la valeur d’une entreprise lorsqu’on fait du trading ?

loupe

Lorsqu’on s’intéresse à une entreprise que l’on désire placer en porte-feuille, on essaie par définition d’acheter à un prix plus bas que l’on va la revendre.

Il existe de nombreuses méthodes: achats sur break-out de lignes de résistance, sur signaux techniques de sur-vente, en corrélation avec d’autres sociétés ou secteurs, et bien sûr en essayant d’estimer la vraie valeur de l’entreprise.

Cette dernière méthode a la faveur de nombreux investisseurs à long terme, et des grands noms de l’investissement comme son père Benjamin Graham ou Warren Buffet, ont affirmé avoir procédé ainsi.

Je vous propose donc de nous intéresser à ce fameux investissement dans la valeur (ou value investing en anglais).

Qu’est-ce l’investissement dans la valeur ?

Sans rentrer dans les détails méthodologiques trop nombreux pour tenir dans un simple article ici, on peut définir l’investissement dans la valeur comme l’achat d’entreprises dont la valorisation boursière est inférieure à leur valeur réelle.

L’idée générale qui prédomine ici est que la bourse étant irrationnelle, la valorisation des actions peut descendre temporairement en dessous de ce que vaut vraiment une entreprise. Par exemple, dans des périodes de krachs ou de crise, toutes les actions subissent un mouvement de chute pour différentes raisons indépendantes d’une entreprise en particulier (pour des raisons de recherche de liquidité à tout prix par les fonds d’investissement, des mouvements de panique boursière ou un amalgame entre un secteur touché et une entreprise de ce secteur qui possède d’autres atouts, etc).

Utiliser la notion de valeur en trading à court et à moyen terme

La baisse de valorisation boursière peut être également due à des problèmes transitoires d’une entreprise en particulier, qui ont été exagérément perçus comme dramatique par le marché. On peut citer par exemple une fuite dans une plate-forme pétrolière, qui, spéculation aidant, peut entraîner très bas l’action de la compagnie concernée. Je me souviens qu’il y a environ un an (fin mars 2012), une plate-forme de Total dans la Mer du Nord avait des soucis mineurs qui étaient vite maîtrisés et qui ne représentait qu’une infime partie de la production du groupe, pourtant l’action avait chuté de plus 10% en quelques jours. Remarquez en passant que les chutes se produisent souvent dans des zones de résistances et continuent jusqu’à des supports…

(Total en données quotidienne, source:Yahoo Finance)

Total_mars avril 2012

Le principe qui règne en cas de problème dans une entreprise, c’est que la marché prévoit toujours le pire, avant de se reprendre lorsque les risques sont correctement estimés. Evidemment, la difficulté ici est d’estimer correctement les risques !

Estimer la valeur d’une entreprise pour spéculer sur une situation transitoire:

Dans le cas ci-dessus, le but est de « profiter » d’une baisse provisoire et exagérée pour tenter de capter le rebond.

Nous sommes là dans le trading, la spéculation, et il faut donc utiliser une méthode adaptée (ayant donc un rapport gain/risque, un money management, une méthodologie d’entrée et de sortie).

Il s’agit forcément de spéculation, car cela consiste à « prévoir » l’issue d’une crise momentanée. Dans l’exemple choisi, il s’agit d’un problème technologique, mais cela peut aussi être plus subtil comme par exemple une dépréciation d’un bilan en raison de l’inscription dans les comptes trimestriels d’une perte d’un marché ou la crise d’un secteur (exemple: les banques) qui affectent de manière exagérée les rares « bonnes banques » peu ou pas spéculative.

Quoiqu’il en soit, cela revient à « espérer » que l’issue de la crise soit favorable.

Il est important de prendre en compte la situation globale de l’entreprise. En effet, si celle-ci est endettée, vient de perdre un gros marché et EN PLUS connait un problème passager, ce dernier peut très bien être la « goutte d’eau qui fait déborder le vase » et qui va réduire à néant les chances de rebond !

Cependant, comme il s’agit de spéculation, il suffit en général de regarder rapidement quelques chiffres clés de l’entreprise.

En ce qui me concerne, je consulte:

le rapport capitalisation boursière / valeur de l’entreprise

– est-ce que le retour sur actif (ROA : Return on Assets) est positif, fortement positif (>10%), ou négatif ?

– le rapport dette / actif total ou Debt To Equity Ratio (attention, on l’exprime en pourcentage, donc 44 ne signifie pas que les dettes sont 44 fois plus élevées que les actifs (!!!) mais qu’elles représentent 44% des actifs)

Tous ces chiffres sont faciles à trouver (j’utilise personnellement les données publiées par Yahoo Finance et le Financial Times, mais il y en a bien d’autres…). Attention cependant, il est prudent de vérifier les données dans un rapport financier de l’entreprise convoitée (et cela donne une idée de la présentation de ces données par l’entreprise…)

L’entreprise est sujette à élimination si elle est surcôtée (rapport capitalisation/valeur >1), si le retour sur actif est très négatif et si l’endettement est trop important (>80%).

Ceci dit, je regarde de plus près lorsqu’elle a un atout dans la manche. Je prends l’exemple de Peugeot, qui (est) était très fortement sous-cotée (d’un facteur 15-20 !!!), mais qui a un ROA légèrement négatif et un très fort endettement (plus de 300%).

Dans ce genre de cas, je me pose la question de savoir si quelqu’un se portera garant pour la dette, au moins provisoirement, le temps que la spéculation puisse faire grimper les prix. Dans ce dernier cas, je me dis que l’Etat français (et ses partenaires internationaux) laisseront-ils tomber l’un des deux gros constructeur automobile nationaux ou se porteront-ils garants de la dette ?

Tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit de trading et donc de spéculation, ce dernier cas est entré dans ma liste.

Les avantages du trading en cas de chute transitoire excessive de la valorisation d’une entreprise:

Sans parler ici de day trading, où l’on cherche à profiter de l’effet d’annonce au moment où l’on apprend un « problème » pour une société (publications de résultats plus mauvais que prévus, incident, grève importante, problèmes juridiques ou avec des Etats, etc) qui demande d’être ultra-réactif (et donc vissé devant son écran) et où la spéculation des grosses mains peut entraîner parfois des mouvements violents et opposés à la « logique »; il y a plusieurs avantages à ce type de trading:

– la chute des cours ne se fait pas sur une seule séance et se prolongera plusieurs jours voire semaines: vous aurez donc le temps de vous en rendre compte en consultant les informations boursières classiques ou spécialisées (pour des entreprises plus modestes)

– vous aurez également le temps de procéder à une analyse un peu plus approfondie et de fixer des conditions correctes pour un trade

– vous pourrez même tenter de prendre un trade présentant des caractéristiques (risques, rebond sur supports, etc) intéressants qui ne se sont pas encore présentées grâce à des ordres « limite » qui, s’ils se déclenchent ultérieurement peuvent « rapporter gros » (et sinon, tant pis, vous aurez des liquidités pour autre chose !)

– bref, vous disposerez de TEMPS pour réfléchir et pour agir SANS PRÉCIPITATION,  ce qui pour un particulier qui a d’autres chats à fouetter, est une condition ESSENTIELLE pour espérer des gains réguliers et sur le long terme !

reflexion

Conclusions pour l’investisseur particulier:

Tout cela signifie surtout qu’on ne peut pas donner des règles immuables gravées dans le marbre, car chaque cas est unique.

Il faut cependant se fixer une base de réflexion et ne pas s’en écarter excessivement. Dans l’exemple de Peugeot, si la sous-cote avait été moins évidente (par exemple d’un facteur 4 ou 5 seulement, je ne l’aurais pas acheté).

Mais vous le voyez bien, c’est là que se situe la difficulté: il faut savoir prendre des décisions, en essayant de fixer des règles, mais en restant flexible.

L’Homme n’étant pas une machine, il ne peut pas vivre heureux en ne suivant qu’UNIQUEMENT des règles pré-écrites.

Il peut (et doit) cependant se fixer des garde-fous pour ne pas sombrer dans l’excès inverse: à savoir perdre ses repères et devenir une créature chaotique et forcément dangereuse (pour lui-même ou les autres). 

En ce qui me concerne, il s’agit TOUJOURS de la même chose: rapport gain/risque, money management et objectifs cohérents.

Tout le reste n’est qu’ADAPTATION ET FLEXIBILITE.

REMARQUES: 

1. Je ne parle pas ici de l’investissement dans la valeur à proprement parler, mais simplement d’utiliser le concept de la valeur dans un trading spéculatif. J’essaierai de faire un article ultérieur sur ma vision de l’investissement à long terme dans la valeur, avec des critères quelque peu différents.

2. J’ai pris le point de vue de l’investisseur/trader que je suis, à savoir profiter des creux pour acheter. On pourrait bien sûr faire exactement le contraire, à condition que l’on soit très réactif (un ou deux jours peuvent déjà être de trop après un événement) ou/et que l’on profite d’un pull-back, pour prendre des positions short pour trader une chute provisoire des cours…

 

 

 

(2 commentaires)

  1. merci pour cet article qui répond aux questions que je me posait,je vais faire quelques essais pour me constituer une liste d’actions qui répondent a ces critères pour pouvoir acheter apres la prochaine correction des marchés (qui ne devrait pas tarder selon moi…)

  2. Bonjour,

    Merci pour cet article qui présente bien les enjeux.

    L’analyse de la valeur, en préalable à un achat spéculatif, permet effectivement de mesurer ou de limiter son risque.
    La limite que j’y vois est la nécessité de disposer de beaucoup de temps pour faire ce travail – ce qui le rend quasiment inaccessible aux débutants même si cela aide à comprendre ce que l’on achète – sauf si on ne trade qu’un nombre très limité de supports.

    A long terme, le cours de l’action tend à rejoindre celui de la valeur de l’entreprise (c’est la théorie). Si les marchés étaient « parfaits », le cours devrait toujours être égal à la valeur intrinsèque de l’entreprise. Comme « investisseur », c’est ce qu’il faut regarder. A ce titre, c’est une façon intéressante d’être contrarian (prendre l’opinion dominante résumée dans la tendance du cours à contre-courant). Sous réserve des gardes-fous que vous listez (money management, techniques d’entrée…), on peut déceler quelques opportunités. Avez-vous des exemples personnels où cette méthode s’est illustré ?

    Juste à titre de boutade (parce que vous évoquez bien les précautions à prendre, donc les stops de vente), il ne faut pas oublier : « un investissement long terme, c’est un investissement court terme qui a échoué ». 😉

    Bonne journée,

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