Agences de notations, CDS et triple A: même combat ?

 

source:http://ysope.over-blog.net

 

 

Cette après-midi, l’info suivante a été diffusée (source: AFP):

S&P a annoncé par erreur que la France avait perdu son triple A: 

« Suite à une erreur technique, un message a été automatiquement diffusé à certains abonnés au portail de S&P Global Crédit indiquant que la note de crédit de la France avait été changée », indique le communiqué de l’agence.

« Ce n’est pas le cas: la note de la République française est inchangée à « AAA », assortie d’une perspective stable, et cet incident n’est pas lié à une quelconque activité de surveillance de la note », ajoute-t-il.

Cette erreur, sur laquelle l’agence de notation a promis de faire la lumière, intervient alors que l’écart entre le taux des obligations à 10 ans de l’Allemagne et de la France sur le marché de la dette a atteint un nouveau record historique jeudi, au-delà des 170 points de base.

Un écart qui reflète la différence de traitement entre les deux pays pourtant l’un et l’autre notés triple A.

 

Je n’aborderais pas le fait qu’il y a dû avoir des gens qui ont su profiter de cette fausse information en spéculant étrangement dans le bon sens avec une certitude de gagner. Non, je plaisante. On a dit que c’était une erreur technique. Oui, technique. Personne n’en a donc profité.

 

Tiens, d’ailleurs, en parlant des taux, regardons les CDS de la France puis de l’Allemagne:

France, au 10/11/2011

Allemagne, au 10/11/2011:

Si on regarde de près, le décrochage s’est surtout fait depuis 2010, où les CDS français ont commencé à grimper plus vite que leurs équivalents allemands, et ce n’est que depuis cet été que l’aspect même des courbes diverge.

Mais c’est quoi au juste un CDS et pourquoi sont-ils si importants ?

Un Credit Default Swap (ou dérivés sur événéments de crédits) sont des contrats de protection financières, développés dès 1994 par JP Morgan.

L’acheteur verse une prime annuelle au vendeur de la protection, qui promet de compenser les pertes éventuelles de l’actif de référence en cas d’événement de crédit. En gros, ça fonctionne comme une assurance.

Petit détail qui a son importance: il n’y a pas d’obligation pour le vendeur de mettre des fonds de côté pour garantir la transaction.

On imagine facilement que les banques, qui sont les acheteurs et les vendeurs, et qui fonctionnent déjà avec de l’argent qui n’est pas à eux et avec un gros levier, ne peuvent pas toujours couvrir leur engagement et donc risquent la faillite en cas de déclenchement d’un gros CDS.

Ah oui, les CDS ne sont pas la même chose que les obligations. Cela signifie que le fait qu’il y ait spéculation sur les CDS (et oui, comme il s’agit de contrats, ils ne sont pas régulés comme le seraient des actions par exemple) entraîne une augmentation des taux des obligations souveraines uniquement par effet de contagion. Autrement dit, il est plus facile de spéculer sur des CDS pour faire grimper des obligations que de spéculer sur des obligations (dont les marchés sont très régulés) pour les faire grimper directement.

Malin non ? Il fallait y penser. Ca tombe bien, Blythe Masters l’a fait pour JP Morgan !

 

Ces derniers temps on nous rabâche que ce qui compte, c’est de garder le triple A pour que la France puisse continuer à emprunter à des taux faibles et que l’écart entre le taux actuel (un peu plus de 3%) et celui de l’Allemagne (vers 2%) est gigantesque. Ce n’est certes pas faux, mais on oublie de préciser que ces taux sont très faibles ces dernières années.

Quand on regarde les taux réels (TCE 10, taux de l’échéance constante à 10 ans, qui représentent en gros la moyenne de ce que l’Etat français paie réellement pour emprunter sur 10 ans), on se rend compte qu’ils n’ont cessé de baisser.

source: http://france-inflation.com/taux_10ans.php

 

Les agences de notation:

Ce que tous craignent, c’est que la France perde son triple A, provoquant mécaniquement une montée des taux (encore que, les USA l’ont bien perdu, et pourtant les bons du trésor américains ont baissé).

Cela vient du fait que les bons du trésor américain sont considérés comme une valeur refuge en temps de crise, malgré les problèmes économiques américains qui n’ont rien à envier à ceux de la France.

T-Notes US à 10 ans (taux):

OAT français à 10 ans (taux):

 

En 1975, il y avait  7 agences de notations qui notent à l’international tout ce qui peut être noté: banques, entreprises et pays. Il en reste 3 en 2004, « The Big Three » (les 3 grandes) qui réalisent 94 % du chiffre d’affaires du secteur: Moody’s, Standard & Poor’s, qui détiennent chacune 40% du marché, et Fitch Rating avec 14%.

A cela, on peut rajouter Dagong, une agence de notation chinoise, réputée surtout pour noter plus sévèrement les pays occidentaux (mais qui manque aussi beaucoup de transparence)…

Je vous ais mis quelques vidéos qui expliquent le rôle de ces agences. Et aussi leurs limites. En effet, la notation peut parfois être arbitraire, erronée (elles n’ont pas vu venir la crise des sub-primes, attribuant des AAA à des banques qui ont fait faillite peut après), voire sous influence.

 

 

En conclusion, je dirais:

– qu’il est facile de manipuler le marché quand il suffit de menacer de dégrader une note

– que les notes des agences sont une bonne excuse pour le monde politique pour faire passer des mesures impopulaires (mais très juteuses pour certains…)

– qu’il y a quelques années, nous avions des taux à 10 ans bien plus élevés et personne n’en parlait. Désormais, nous venons de « découvrir » que la France est endettée et qu’il ne faudrait surtout pas qu’elle paye 5 % au lieu de 3%  alors que le problème vient surtout des gaspillages de l’Etat depuis 30 ans !

– que les taux des obligations d’Etat sont historiquement bas, ce qui est souvent inversement corrélé avec le marché action. Autrement dit, c’est sans doute un bon moment pour investir en Bourse.

– que si les taux sont bas, c’est que les investisseurs sont très inquiets: il faut donc accumuler avec prudence des sociétés peu endettées, qui font du bénéfice, qui feront du bénéfice et qui sont sous-évaluées actuellement.

Et n’oubliez pas que VOUS vous n’avez pas la possibilité que l’Etat vous sauve, donc gérez votre risque intelligemment et sans excès de levier !

 

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