La France emprunte pour la première fois à des taux négatifs

La France a emprunté aujourd’hui pour la première fois de son histoire à des taux négatifs.

Les limites de la croissance exponentielle (4ème partie et conclusion)

(image tirée de http://repasgourmand.canalblog.com/archives/2010/03/13/17222706.html ; et oui, il n’y a pas que le trading et l’économie dans la vie !)

 

Je vous livre ici la quatrième et dernière partie de la discussion entre un économiste et un physicien sur les limites de la croissance exponentielle.

Vous pouvez retrouver les autres articles de la série ici:

http://www.investisseur-particulier.fr/les-limites-de-la-croissance-exponentielle-1ere-partie-les-lois-de-la-thermodynamique

http://www.investisseur-particulier.fr/les-limites-de-la-croissance-exponentielle-2eme-partie-les-limites-de-la-reduction-des-depenses-energetiques

http://www.investisseur-particulier.fr/les-limites-de-la-croissance-exponentielle-3eme-partie-le-prix-minimal-de-lenergie

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Economiste: Je dois m’opposer à l’affirmation selon laquelle la croissance doit s’arrêter une fois que le rapport quantité d’énergie / prix atteint une limite. Il y aura toujours des innovations que les gens voudront acheter et qui ne nécessiteront pas l’utilisation d’énergie supplémentaire.

Physicien: Les choses changeront certainement. Lorsque je parle d’une économie « constante », je ne veux pas dire « statique ». Les aléas de la mode feront toujours partie de nos préoccupations, nous n’allons pas cesser de nous comporter en humains ! Mais je pense davantage à une sorte de jeu à somme nulle. Les modes vont et viennent. Une certaine part du PIB sera toujours consacrée à la mode ou la nouveauté du jour, mais pendant qu’une mode apparaît, une autre tombe dans l’oubli. Les innovations permettront donc des changements dans l’économie, mais pas forcément sa croissance.

Economiste: Mais la question principale est de savoir si la vie dans 400 ans sera indéniablement de meilleure qualité qu’aujourd’hui. Même si l’énergie est fixée et que le PIB est fixe, est-ce que la qualité de vie s’améliorera réellement ?

Physicien: Je ne sais pas si une telle affirmation peut être objective. Beaucoup de gens regrettent les temps passés. Peut-être n’est-ce le résultat que de l’ignorance ou du romantisme. Cela peut être vraiment excitant de s’imaginer vivre pendant la Renaissance, jusqu’à ce qu’un pot de chambre vidé par la fenêtre ne vous éclabousse. Quoi qu’il en soit, quelle sorte d’amélioration universelle et objective peut-on imaginer ?

Economiste: Bien, par exemple, regardons un dessert, avec un sirop décoratif sur une belle assiette. Il est magnifique et certainement goûteux. La valeur que nous donnons à ce dessert est supérieure au même dessert sans décoration. Les grands chefs continueront d’innover. Imaginons une recette d’un futur éloigné de 400 ans qui vous étonnera. Vous ne pourriez même pas imaginer qu’un dessert pourrait être si extraordinairement beau et si délicieux. La foule ferait la queue pour contempler une telle création. Pas plus d’énergie, pas plus d’ingrédients, mais une valeur ajoutée pour la société. Cela est une forme d’amélioration de la qualité de vie, qui ne nécessite pas des ressources additionnelles et qui coûtera probablement la même part du PIB.

Physicien: Cela me rappelle une histoire. J’étais à l’observatoire du Mont Palomar avec un gourou de l’instrumentation optique qui m’a appris beaucoup de choses. Son repas de la nuit, préparé au soir par la cuisine de l’observatoire et conditionné dans un sac marron, était constitué d’un sandwich au thon formé de deux parties: des tranches de pain enveloppés dans un film plastique, et une salade de thon eux aussi enrobé de ce film. Cette séparation évitait que le thon ne ramollisse le pain au bout de plusieurs heures. Il posait son thon entre deux tranches de pain et cela ressemblait à un serpent qui venait de manger un rat. Étonné, je lui demandais s’il comptait étaler le thon sur le pain avant de le manger. Il me regarda énigmatiquement et m’a répondu que « tout finira au même endroit ».

Autrement dit, une présentation esthétique aussi extraordinaire soit-elle, n’aura pas une valeur universelle pour la société. Tout ira au même endroit après tout.

CONCLUSION:

En repensant à cette discussion, on peut se dire qu’un économiste qualifié ne devrait pas avoir à reculer devant les arguments d’un scientifique sans aucune connaissance particulière en économie.

Nous avons dû reconnaître plusieurs points essentiels:

– l’énergie peut avoir des limitations physiques

l’efficience a des limites, même si on s’intéresse à la réalité virtuelle.

l’énergie a forcément un prix plancher, ce qui oblige de reconnaître une fin de la croissance éternelle du PIB

Je vais citer un livre (non traduit à ce jour en français): Ecological Economics d’Herman Daly et Joshua Farley:

« … Nous ne partageons pas le point de vue de nombre de nos collègues qui affirment que la croissance résoudra le problème économique, que les étroits intérêts personnels sont les seules motivations humaines fiables, que la technologie trouvera toujours des substituts à une ressource épuisée, que le marché peut efficacement partager tous les types de biens, que le marché libre aboutira toujours à un équilibre entre l’offre et la demande, ou que les lois de la thermodynamique sont sans effets sur l’économie. »

En passant, cela m’inspire un graphique que j’ai vu quelque part sur le net, à propos de la dette US. Belle exponentielle non ? Bon d’accord, elle n’a rien avoir avec la croissance du PIB.. Quoique…

 

Actu du Jour: un important gisement de terres rares découvert dans le Pacifique, près du Japon

Une découverte d’un important gisement sous-marin de terres rares a été faite près des côtes japonaises par une équipe de géologue menée par le Pr.Yasuhiro Kato.

L’estimation porte sur 6,8 millions de tonnes, ce qui correspond à plus de 200 ans d’utilisation industrielle japonaise au rythme actuel.

Les terres rares (formées de 17 métaux indispensables aux applications nombreuses de la hi-tech allant des écrans plats aux éoliennes) sont actuellement extraites à 95% en Chine, qui limite les exportations.

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Actu du Jour: Les entreprises du CAC 40 ne valent plus que leurs fonds propres

Je suis en déplacement professionnel, mais cela ne m’empêche pas d’avoir noté une information très intéressante : une étude du cabinet Ricol Lasteyrie avec les chiffres à fin 2011, a montré que le niveau des entreprises formant le CAC 40 ne valent plus en Bourse que leurs fonds propres. Et ceci malgré de bons résultats et des investissements.

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Les limites de la croissance exponentielle (3ème partie): le prix minimal de l’énergie

Après une petite pause, due à divers déplacements professionnels qui m’ont éloignés quelque peu de ce blog, la série d’articles consacrés aux limites de la croissance infinie reprend ici avec cette troisième partie.

Elle fait suite à cet article: http://www.investisseur-particulier.fr/les-limites-de-la-croissance-exponentielle-2eme-partie-les-limites-de-la-reduction-des-depenses-energetiques

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Physicien: Quittons la Matrice et allons droit au but. Imaginons un monde avec une population constante et une utilisation énergétique constante. Si le flux d’énergie est fixe, mais si on considère une croissance économique continue, alors le PIB continuera à croître. Cela signifie que l’énergie, une ressource physiquement limitée, doit devenir arbitrairement bon marché pour que le PIB puisse continuer sa croissance.

Economiste: Oui, je pense que l’énergie joue alors un rôle amoindri dans l’économie et devient tellement peu chère qu’on puisse la négliger.

Physicien: Pensez-vous vraiment cela ? Une ressource physiquement limitée qui est fondamentale à n’importe quelle activité économique pourrait devenir bon marché ?

Economiste: Oui, c’est ce que je pense.

Physicien: Bon, assurons nous que nous parlons de la même chose. L’énergie représente de nos jours environ 10% du PIB. Admettons que nous limitions la quantité disponible chaque année à un certain niveau, mais que nous laissons le PIB croître. Nous devons ignorer l’inflation en tant que nuisance dans ce cas: si mes 10 unités d’énergie coûtent cette année 10 000 $ de mes revenus de 100 000 $; alors l’an prochain, la même quantité d’énergie coûtera 11 000$ de mes 110 000 $. Nous allons ignorer cet effet en tant qu’inflation « dénuée de sens ». La « croissance » du PIB dans ce sens n’est pas une vraie croissance, mais juste un rééquilibrage de la valeur de la monnaie.

Economiste: Soit.

Physicien: Donc, pour avoir une vraie croissance du PIB avec une énergie constante, la coût fractionnel de l’énergie doit diminuer par rapport au PIB.

Economiste: Correct.

Physicien: Jusqu’où pensez-vous que cela puisse aller ? Le coût de l’énergie descendra jusqu’à 1% du PIB ? 0,1%? Y-a-t’il une limite ?

Economiste: Il n’y en a pas nécessairement. L’énergie peut devenir un problème d’importance secondaire dans l’économie du futur, comme dans le cas d’un monde « virtuel » que nous avons précédemment évoqué.

Physicien: Mais si l’énergie devenait arbitrairement bon marché, quelqu’un pourrait tout acheter, et soudainement, les activités économiques pourraient se gripper. La nourriture cesserait d’arriver sur la table sans énergie. Les gens s’intéresseront à cela et quelqu’un sera prêt à payer plus pour cette énergie. Chacun voudra le faire, ce qui fera augmenter les prix de l’énergie. Il y a donc un plancher au prix de l’énergie.

Economiste: Ce plancher peut être très bas: bien moins que les 5-10% que nous payons aujourd’hui.

Physicien: Mais il y aura bien un plancher ? 5% ? 2% ? 1 % ?

Economiste: Disons 1%.

Physicien: Ainsi une fois que notre coût annuel en énergie atteindra 1% du PIB, les 99% restants seront bloqués. S’ils essayent de croître, alors les prix de l’énergie devront croître proportionnellement, et nous aurons une inflation monétaire, donc pas de vraie croissance.

Economiste: Je n’irais pas si loin. On peut toujours avoir de la croissance sans augmentation du PIB.

Physicien: Ceci dit, nous sommes maintenant d’accord que les prix de l’énergie ne peuvent pas baisser indéfiniment.

Même les premiers économistes, comme Adam Smith, prévoyaient la croissance économique comme étant une phase temporaire durant peut-être quelques siècles, et ayant pour limite les terres. Si les humains persistent sur le long terme, il est claire que la théorie de l’économie constante va de loin survivre l’actuelle économie basée sur la croissance continue.

Oublions Smith, Keynes, Friedman et tous les autres. Les économistes s’intéressants à une économie constante et fonctionnelle resteront dans l’Histoire bien plus longtemps que les adeptes de la croissance…

(à suivre…)

Remarque: Si vous voulez en savoir plus sur les économistes de la croissance nulle (Tim Jackson…), je vous suggère cet article qui résume bien cette approche: http://alternatives-economiques.fr/blogs/harribey/2011/02/22/un-capitalisme-sans-croissance-economique-est-il-possible/

Les traders à la télé

Mon opinion générale sur la télé est résumée dans l’image ci-dessus. Je n’ai d’ailleurs pas de téléviseur chez moi. Bon, j’avoue que je regarde à l’occasion quelques émissions via l’internet, mais jamais des émissions « grand public » comme la série d’Harry Roselmack.

Je trouve que ses émissions sont trop superficielles et ne creusent pas assez le sujet traité.

Cependant, je me contredis ici même en vous mettant un lien vers l’émission, datant de février 2012 et intitulée « Avec les traders au coeur de la crise financière« .

Bon, les défauts précédemment indiqués restent valables, mais il y a au moins un élément intéressant dans ce reportage (vers la minute 38) où Jean-Louis Cussac (un trader sur fond propre expérimenté) explique sa manière de voir le risque: « si vous spéculez tout le temps fort, vous êtes certain de tout perdre à un moment donné. Tout. Vous avez 0 chance de gagner si vous spéculez tout le temps fort. »

Il indique aussi les grandes lignes de son succès sur le long terme: money management, gestion du risque. Je ne connais pas ses résultats réels ni la qualité des formations qu’il propose (et j’ai une tendance naturelle à me méfier des « formateurs » en trading…), mais je ne doute pas de son expérience sur les marchés. Ce qui me permet de répéter une fois encore l’importance de la gestion des risques !

Bon visionnage (et oui, on est sur TF1, donc il y aura des coupures pubs…) !

EDIT du 19/04/2013: Visiblement, la vidéo n’est plus disponible…

Le chômage des jeunes en Europe

Dans la rubrique « relativisons », on pourrait remarquer les choses suivantes:

– depuis les années 90, le chômage des jeunes en France est relativement constant (oscillant autour de 20%)

– pour l’Allemagne, c’est la même chose, à deux détails près: l’oscillation se fait autour de 10% et nous sommes actuellement près des plus bas (alors qu’en France, on serait plutôt vers les hauts)

– L’Italie et la Grande-Bretagne viennent de sortir par le haut de leur oscillations habituelles (qui sont respectivement vers 25% et 15%)

– La Grèce, l’Espagne et dans une moindre mesure le Portugal et l’Irlande, subissent des oscillations beaucoup plus fortes et viennent tous de dépasser leurs plus hauts des années 90.

– A part en Allemagne, les taux de chômage chez les jeunes sont au-dessus de 20% actuellement (avec des pointes à plus de 50%), ce qui est tout de même énorme si on considère que ces chiffres n’incluent ni les étudiants ni les nombreux titulaires de contrats précaires/à temps partiel/subventionnés.

Je me livre ici à une analyse très simpliste, mais souvent, les savants calculs ne servent pas à grand chose et ce sont les grandes tendances qui sont utiles pour comprendre une situation.

Ma conclusion est donc simple:

L’Europe, depuis 20 ans, a des problèmes structurels liés au chômage des jeunes, hormis l’Allemagne. Cela veut dire que « l’avenir a mal commencé » depuis un bout de temps déjà !

La France, ne s’en sort pas si mal que ça, bien que l’écart avec l’Allemagne se soit creusé ces derniers temps. De là à dire que la situation laisse de l’espoir, malgré tout, il n’y a qu’un pas optimiste à franchir…

Comment un pays ayant plus de la moitié de ses jeunes sans emploi, c’est à dire sans réelles ressources et surtout sans avenir perceptible, peut-il subsister durablement ?

Il n’y a pas d’avenir sans jeunesse.

Bref, si aucune réelle politique en faveur des jeunes n’est menée, non seulement je prédis des révolutions européennes d’ici quelques années dans les pays les plus touchés, mais aussi un déclin des pays jusqu’alors épargnés.

Ceci dit, restons « optimistes » car en France, à force d’hésitations et de politiques molles accumulées, nous conservons de la marge pour au moins encore 10 ans.

Du point de vue boursier, cela est difficile à interpréter, mais un scénario à la japonaise, avec d’occasionnels jolis rebonds me parait de plus en plus réaliste.

Je ne suis pas un fanatique de la recherche de configurations graphiques identiques, mais lorsqu’une pomme tombe d’un arbre, il n’y a pas mille trajectoires possibles, seulement quelques unes, en fonction du vent, etc.

 

Ce sont là quelques raisons de plus pour investir dans la valeur à chaque crise et revendre au milieu d’un rebond sur des niveaux de valorisations encore raisonnables. Parallèlement à cela, je continue à penser que l’investisseur particulier a également intérêt à acquérir des réflexes de traders et ne pas trop se soucier de la macro-économie, mais simplement des mouvements très court/court termes.

Evidemment, ne devient pas trader qui veut !

 

 

Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion

« Le mensonge et la crédulité s’accouplent et engendrent l’opinion ».

Paul Valéry est un écrivain, poète et philosophe français né le 30 octobre 1871 à Sète et mort le 20 juillet 1945 à Paris.

Certes, le rapport entre la poésie, la philosophie et l’investissement n’est pas évident de prime abord, mais on peut traduire cette belle phrase ainsi:

« Ce que la plupart des investisseurs croient voir sur des graphiques ou croient déduire de l’analyse macro-économique n’est que le résultat des informations plus ou moins fausses qui diffusent et qu’ils admettent pour être plus ou moins vraie. » – Thomas Aurlant

Alors, quelle est VOTRE opinion sur les marchés ?

 

 

Les limites de la croissance exponentielle (2ème partie: les limites de la réduction des dépenses énergétiques)

Nous abordons ici la seconde partie de notre série consacrées aux limites de la croissance exponentielle. L’épisode 1 étant ici.

Cette partie pousse le raisonnement dans les moyens de réduire les besoins énergétiques et le monde virtuel…

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Économiste: Je pense également que la croissance de l’utilisation d’énergie brute a ses limites car nous devrons un jour au moins stabiliser les dépenses annuelles. Considérons donc qu’il s’agit d’un point de départ pour discuter des perspectives de croissance économique. Mais, je ne pense pas que cela menacera une croissance infinie de l’économie.

Si nous parvenons à stabiliser l’utilisation énergétique, nous pourrons mieux l’utiliser chaque année grâce à des amélioration de l’efficience énergétique. Les innovations apportent de nouvelles idées sur le marché, stimulent l’investissement et la demande, etc. Ce sont des choses qui ne s’épuiseront pas. Nous avons de nombreux exemples de ressources importantes qui sont fondamentalement en déclin, qui seront simplement remplacées ou rendues obsolètes grâce à des innovations dans d’autres voies.

Physicien: Certes, cela se produira, et continuera à un certain degré. Mais je ne suis pas convaincu qu’elles représentent des ressources illimitées.

Économiste: Pensez-vous que l’ingéniosité a des limites ? C’est peut-être le cas, mais nous ne pouvons pas prédire de manière crédible à quelle distance nous serions d’une telle limite.

Physicien: Prenons l’exemple de l’efficience. Il est avéré qu’au fil du temps, les voitures roulent plus loin, que les réfrigérateurs utilisent moins d’énergie, que les immeubles sont construits plus intelligemment pour conserver davantage d’énergie, etc. Le meilleur parallèle que l’on puisse faire est de considérer qu’une amélioration de 2% par an correspond à un doublement au bout de 35 ans.

De nombreuses choses sont déjà presque aussi efficientes qu’il est possible. Les moteurs électriques par exemple, sont à une efficacité de 90%. Il sera toujours nécessaire d’utiliser 4184 Joules pour chauffer un litre d’eau d’un degré Celsius.

Dans les valeurs médianes, nous avons de gros consommateurs d’énergies, comme les centrales électriques, dont l’efficacité s’améliore plus lentement, à moins d’1% par an. Et leur efficacité avoisine les 30%. Combien de « doublements » sont encore possibles ?

Si la plupart des choses avaient une efficacité de l’ordre de 0.01%, je serais plus enthousiaste sur une croissance à travers les siècles basée sur l’amélioration de l’efficience. Mais il ne nous reste plus qu’un doublement, ce qui prendra moins d’un siècle à se réaliser.

Économiste: Bon, d’accord. Vous marquez un point. Mais, au-delà de l’accroissement de l’efficience, il y a également des changements complets des règles. Par exemple, la télé-conférence remplace les voyages aériens. Les ordinateurs portables remplacent les grosses machines de bureau; l’iPhone remplace les ordinateurs portables, etc. Chaque changement est moins vorace en énergie. L’internet est un exemple d’une innovation qui modifie la manière d’utiliser l’énergie.

Physicien: Ce sont des exemples importants, et j’attends une certaine continuité sur ce chemin, mais nous devrons toujours manger, et aucune activité ne pourra se passer totalement d’une utilisation d’énergie. Bien sûr, il existe des activités à faible consommation, mais rien qui ait une valeur économique ne peut se passer complètement d’énergie.

Économiste: Certaines choses peut énormément s’en rapprocher. Prenons l’exemple de la virtualisation. Imaginez que dans le futur, nous pourrons tous posséder des demeures virtuelles et satisfaire à tous nos besoins: tout ceci par des trucages basés sur des stimulations neurologiques. Nous aurons toujours besoin de nous alimenter, mais l’énergie nécessaire pour vivre un style de vie vorace en énergie sera négligeable. Vous voulez vous rendre ce week-end à Paris ? Vous pouvez le faire sans quitter votre chaise.

Physicien: Je vois. Mais cela est toujours une dépense d’énergie donnée et limitée par personne. Non seulement cela demande de l’énergie de nourrir quelqu’un (de nos jours, à un taux de 10 kilocalories utilisés pour 1 kcal mangé), mais l’environnement virtuel nécessaire demandera également un super-ordinateur. Les super-ordinateurs actuels consomment environ 5 MW. Bien sûr, nous pouvons attendre une amélioration dans ce domaine, mais il y a encore un grand chemin à parcourir. De plus, tout le monde n’a pas envie de vivre une vie virtuelle.

Économiste: Vraiment ? Qui pourrait le refuser ? Tous vos besoins sont couverts et vous avez un style de vie extravagant. J’espère pouvoir vivre ainsi un jour.

Physicien: Moi pas. Je suppose que nombreux seront ceux qui préféreront l’odeur de vraies fleurs, même avec des pucerons et des allergies; la sensation d’un vrai vent qui agite les cheveux; même une vraie pluie, des vraies piqûres d’abeilles, et tout le reste. Vous serez capable de simuler toutes ces choses, mais tout le monde ne voudra pas vivre une vie artificielle.  Tant qu’il y aura ne serait ce que quelques réfractaires, un plan destiné à réduire les besoins énergétiques à des niveaux arbitrairement bas ne peut qu’échouer. Sans parler de la réponse aux besoins métaboliques.

Mais quittons la Matrice…

(à suivre…)

Les limites de la croissance exponentielle (1ère partie: les lois de la thermodynamique)

J’entame ici une série de quelques articles relatant une discussion entre un scientifique et un économiste.

Pour les anglophiles, vous pourrez trouver l’article original, que j’ai volontairement réduit à l’expression des principales idées, sur le site suivant: http://physics.ucsd.edu/do-the-math/2012/04/economist-meets-physicist/

La discussion renvoie à des notions de thermodynamiques élémentaires. Pour les non scientifiques qui sont certainement parmi vous, ne vous inquiétez pas, cela reste compréhensible !

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Physicien: J’affirme que la croissance économique ne peut continuer indéfiniment. Je pense que les limites physiques s’imposent d’elles-mêmes.

Économiste: Bien sûr, rien n’est réellement éternel. Par exemple, le soleil ne brillera pas pour toujours. Sur une échelle en milliards d’années, les choses arriveront à leur fin.

Physicien: Exactement. Je pense qu’il y a des limites physiques. Mais je parle ici d’une échelle plus immédiate, ici sur la Terre. Les ressources physiques, notamment l’énergie, sont limitées et peuvent empêcher une croissance continue d’ici quelques siècles, ou même bien moins longtemps en fonction des choix que nous ferons. Il y a également des conséquences thermodynamiques.

Économiste: Je ne pense pas que l’énergie sera un facteur limitant à la croissance économique. Certes, les carburants fossiles conventionnels sont limités, mais nous pouvons y substituer des ressources non-conventionnelles comme les sables et schistes bitumeux,  les gaz de schistes, etc. Quand ceux-ci s’épuiseront, nous aurons probablement construit une infrastructure renouvelable d’énergies éoliennes, solaires et géothermiques, sans parler des énergies de prochaine génération comme la fission nucléaire et potentiellement la fusion également. Et il y aura probablement également des énergies que nous ne pouvons même pas encore comprendre dans un futur plus éloigné.

Physicien: C’est sûr, ces choses pourraient se produire, et j’espère qu’elles le feront dans un délai raisonnable. Mais regardons les implications physiques d’une expansion énergétique dans l’avenir. Dites moi quel est un taux annuel typique d’accroissement énergétique sur les derniers siècles ?

Économiste: Je dirais de l’ordre de quelques pourcents. Moins de 5%, mais certainement au moins de 2%.

Schéma: Consommation énergétique totale sous toutes ses formes des USA depuis 1650. L’échelle verticale étant logarithmique, la courbe exponentielle en résultant apparait donc comme une ligne droite. La ligne rouge correspond à une croissance annuelle de 2,9%. Source: EIA (US Energy Information Administration: http://www.eia.gov/

 

Physicien: Exact. Si vous tracer la consommation énergétique totale des USA depuis 1650, vous verrez une croissance exponentielle régulière de près de 3% par année. La situation du reste du monde est similaire. Donc, comment pensez-vous que nous pourrons poursuivre cette tendance ?

Économiste: Une croissance de 3% signifie un doublement tous les 23 ans environ. Ce qui veut dire que l’on aura tous les siècle une multiplication par environ 15 à 20. Je vois où vous voulez en venir. Quelques siècles de plus à ce rythme peut sembler absurde. Mais n’oubliez pas que la population s’est accrue pendant tous ces siècles passés. Cette augmentation va s’arrêter avant que quelques siècles ne soient révolus.

Physicien: Exact. Nous allons donc probablement tombé d’accord que la croissance énergétique ne va pas continuer indéfiniment. Mais il y a encore deux points avant de continuer. Premièrement, j’ai juste mentionné que la croissance énergétique à largement dépassée l’accroissement de la population, ce qui veut dire que l’utilisation énergétique par habitant s’est envolée. Notre vie énergétique est bien plus riche que celle de nos arrière-arrière-grand-parents un siècle en arrière. Donc, même si la population se stabilise, nous sommes habitués à une augmentation de l’utilisation énergétique par habitant. La croissance énergétique devra donc se poursuivre pour maintenir cette tendance.

Deuxièmement, les limites thermodynamiques imposent un maximum à la croissance énergétique, à moins que nous voulions cuire ! Je ne vais pas parler de réchauffement climatique global, de production de CO2, etc. Je parle simplement de l’émission de l’énergie dépensée dans l’espace. Je part du principe que vous voulez continuer la discussion en la confinant à la Terre, oubliant ainsi la perspective d’un exode dans l’espace, une colonisation de planètes, une vie à la Star Trek, etc.

Économiste: Oui, restons sur Terre !

Physicien: (ouf!) Bien, la Terre n’a qu’un seul mécanisme pour libérer la chaleur dans l’espace, à travers des radiations (infra-rouges). Nous comprenons ce phénomène parfaitement bien, et nous pouvons prévoir la température de surface de la planète en fonction de la production énergétique de la race humaine. En prenant une croissance de l’utilisation énergétique de 2,3% par an (ce qui représente de manière plus pratique un facteur 10 par siècle), nous atteindrons la température d’ébullition dans environ 400 ans. Et cette affirmation est indépendante de la technologie utilisée. Même si nous n’avons pas de nom pour une hypothétique source d’énergie future, nous allons nous cuire nous-même tant que les lois de la thermodynamiques s’appliqueront en cas d’accroissement perpétuelle de l’utilisation énergétique.

Économiste: Il s’agit là d’un résultat effrayant. Ne pourrait-il pas y avoir une technologie que libérerait cette énergie ailleurs et autrement ?

Physicien: Oui, nous pourrions émettre des radiations non thermiques dans l’espace, avec de la lumière, des lasers, des ondes radio. Mais le problème vient qu’il s’agit là d’énergies concentrées à faible entropie. A la place, nous parlons de nous débarrasser de la chaleur résiduelle des tous les procédés dans lesquels nous utilisons de l’énergie. Cette énergie est thermique par nature. Nous serons capable d’éliminer une partie de cette énergie résiduelle en faisant un travail « utile », mais avec une efficacité thermodynamique très faible. Si vous voulez utiliser de l’énergie concentrée en priorité, il restera de l’énergie résiduelle hautement entropique qui ne peut quasiment pas être perdue.

Économiste: D’accord, mais nous pourrions facilement nous arranger avec un profil énergétique stable. Nous l’utiliserons plus efficacement et en direction de moyens destinés à poursuivre la croissance.

Physicien: Avant de voir cela, nous devons parler d’un autre point essentiel. Avec un taux de croissance de 2,3%, nous utiliserons l’énergie à un taux correspondant à la totalité de l’énergie reçue par le soleil dans un peu plus de 400 ans. Nous consommerons une énergie comparable à l’énergie du soleil entier d’ici 1400 ans. Dans 2500 ans, nous utiliserons l’équivalent de l’énergie de la Voie Lactée entière (100 milliards d’étoiles !) Je pense que vous voyez l’absurdité que représente une croissance énergétique continue. 2500 ans ne sont pas si longs dans une perspective historique. Nous savons à peu près ce que nous faisions il y a 2500 ans.

Économiste: Vous dites qu’il y a environ 1400 ans pour atteindre la parité avec la production du soleil ?

Physicien: Exactement. Sans parler des conséquences thermodynamiques que cela implique. Si nous essayons de produire une énergie comparable avec celle du Soleil sur Terre dans 1400 ans, les lois de la physique demande que la surface de la Terre devra être plus chaude que la surface (bien plus grande) du Soleil. Tout comme les 100 W produits par une ampoule entraînent une surface bien plus chaude que les 100 W produits par nos deux corps à travers le métabolisme, et qui se diffuse à travers une surface bien plus grande.

Économiste: Je vois. C’est logique.

 

(à suivre…)

Remarque: La fin de l’article peut paraître complexe à suivre, mais il n’en est rien. La seule chose que vous devrez admette, à défaut de pouvoir démontrer par vous-même les lois de l’entropie avec les formules de Boltzmann et d’autres joyeusetés enseignées à l’Université, c’est qu’on ne peut pas se débarrasser d’une énergie concentrée (et donc utile), mais plus facilement d’une énergie peu concentrée (et donc peu utile)… Les physiciens me pardonneront cette simplification extrême du principe.